Les oiseaux

NBentete96Il aimait les oiseaux.
Pour leur cage… souriait-il, leur cage thoracique.
La nuit, un à un, il leur comptait les barreaux.

- Tu cherches quoi ? avait demandé Kim, l’œil amusé, tandis que l’autre tâtonnait, de sa main libre, sous le sommier.

Il aimait les oiseaux.
Les jeunes, les beaux, soupirait-il derrière ses barreaux.
La nuit, il leur ouvrait, grand, le paradis…

14 comments 15 novembre 2009

La mission

NBentete95- Si je connaissais Sophie ? Tu plaisantes, beau gosse ?! Sophie, c’était ma frangine de placard, ici, dernier casier du haut, dans le « Quartier des vieilles » comme elles disent aujourd’hui les anorexiques du premier. Avec Sheila, une grande blonde articulée, on était les préférées de Marie Lou. Sheila, elle n’est jamais revenue d’un week-end à Maubeuge. Mais Sophie et moi, jamais Marie Lou ne nous aurait oubliées. Tu peux me croire : elle était belle la Sophie ! Elle avait de ces cheveux auburn, avec des boucles à peigner comme on en voit plus. On en a passé du bon temps, quand on était encore en bas, à se faire pomponner la tignasse pendant des heures… Et puis, que voulez-vous, les enfants ça finit toujours par grandir.

- Vous pouvez, peut-être, me donner des détails sur ce qui s’est passé ?

- Tout est allé si vite ! On était là, avec Sophie, à papoter tranquillement à propos de je ne sais plus quelle histoire, ah oui, ça me revient maintenant, la disparition du camping-car de Sandy, quand on a vu surgir la grosse tête du gamin. La pauvre ! C’est le lendemain que Quicky, la planche à roulettes, l’a formellement reconnue dans un vestiaire désaffecté. D’après lui ce serait une sorte de rituel entre les gosses du quartier. Aucune idée de ce qu’il a pu faire du corps. N’empêche, quand j’y repense, c’aurait pu être moi, ce jour là, la victime de l’Empaleur…

- Ne vous inquiétez pas Dolly : je suis là, désormais.

- Vous ne doutez jamais de rien, hein, vous, les électro…

Le soir tombait dans la chambre d’enfant. Buzz l’éclair regarda loin, en direction de la fenêtre. Il avait hâte de rencontrer le phénomène. Il songea à Marie Lou qui l’avait déposé là, quelques heures plus tôt, à l’occasion d’un passage dans la maison familiale. Marie Lou ne savait pas pour Sophie. Mais elle devait soupçonner le gamin. Elle avait dû penser qu’il pourrait s’occuper de l’affaire. Toi, Buzz, tu sauras la protéger, n’est-ce pas ?! lui avait confié, à demi-voix, Marie Lou. Il respira, profondément, une bouffée d’air artificiel. A côté de lui, Dolly ne dormait que d’un œil…

6 comments 12 novembre 2009

Colifichets

NBentete92Entre mes doigts, le souvenir clinquant de sa jeunesse. Manquent les rayons de lumière à travers la chaleur confinée, la suffocation de l’esprit sous le martèlement des enceintes. Reste le lent balancement de ses colifichets sur le juste galbé de son torse. Image fugace et obstinée d’une nuit à Londres.

Je ne sais rien de lui. Il m’a irradié la mémoire en calant, désinvolte, une main provisoire sur ma hanche ordinaire. Je n’ai pas bien compris ce qu’il m’a demandé. Il recherchait un certain Brian, je crois. Simplement, j’ai baissé la tête et les yeux pour mieux l’entendre. Un instant suspendu. Entre le brun parfait de son téton et le filet de poils noirs qui s’échappait de son nombril…

6 comments 8 novembre 2009

Michel

NBentete94En entrant dans la pièce je trouvais Michel assis à la fenêtre, les mains croisées, posées sur la table. Il tourna vers moi un regard que je n’oublierai pas. Les plis de son front s’étaient arc-boutés, ses sourcils contractés vers moi, trahissant les terribles forces qui s’exerçaient en lui. Il voulut desserrer les doigts et peut-être un mot. Il inclina juste un petit sourire, une drôle de moue. Quelque chose d’infiniment fragile, de presque nu.

Photographie : *Modimo*

7 comments 7 novembre 2009

Tableau double

NBentete93Marcher, voilà qui me fera du bien. Je prendrai le chemin de terre, celui qui longe et qui sinue, celui qui boucle, enfin. Après le petit pont, je sortirai du village. De plain-pied, j’entrerai dans l’arrière-saison. J’ai quitté la grande ville pour quelques jours. Tu viendras me rejoindre, dans quelques heures. J’ai, devant moi, assez de silence et de ciel pour m’amuser un peu. En guise de paletot, ce vieux caban qui te désespère et que je trouve, moi, pourtant idéal. Pas de chien pour m’accompagner. Rien que le lent glissement des eaux et le reflet troublé des arbres, nus, dans l’ornière…

La campagne, quel ennui ! Je n’aurais pas dû m’éloigner du village ni quitter la véranda : ce chemin n’en finit pas. Le cuir de mes chaussures, tout luisant encore d’urbanité, déjà boude les monotonies humides de ces journées d’automne. Entre un canal qui ferait mieux de se pendre et des champs vaguement éperdus, rien d’autre à ruminer que l’idée d’un café en terrasse, dans le brouhaha réconfortant du boulevard… Si encore j’avais un chien ! Mon espoir de compagnie roule dans le gris froid des flaques : tu ne viendras pas. Je résisterai à l’idée de t’en vouloir. Du moins, jusqu’à la tombée de la nuit…

11 comments 3 novembre 2009

Le jardin

NBentete88
Partir ? Pour aller où ?
Rester. Mais pour quoi faire ?
Ecrire, peut-être.
Quand même lire est un fardeau…

Par la fenêtre ouverte, respirer l’humidité dans l’air.
Entre les draps me trouver bien.
Inutile et paresseux.
De l’intérieur vers l’antérieur, me replier, encore, un peu.

Prendre ce chemin dans la brume légère.
L’œil au long des murs, avancer entre les troncs et les fougères.
Pousser la grille du jardin.
En franchir le secret.

Passer la main sur l’écorce des souvenirs.
Sous mes pas espérer une voix qui reviendrait, intacte.
Dans l’enchevêtrement des images, attendre.
L’envolée d’un sourire, le passage, fugace, des bonheurs perdus…

8 comments 1 novembre 2009

Toc, toc !

NBentete91Sous la couette, un samedi matin. Il a posé sa tête contre mon torse velu. Sa main gauche descend, comme par inadvertance, vers le nombril, vers l’entrejambe, cherche à tâtons l’objet d’une certaine convoitise…

Je grogne quelque chose de mou, entrouvre un œil. Il lève vers moi un regard de cocker triste, un silence en forme d’interrogation.

- On ne t’a pas appris à frapper avant d’entrer ?

Doucement, il martèle du poing aux carreaux du boxer.

- Toc, toc ! Y’a quelqu’un ?!
- Si ça ne répond pas, c’est qu’il n’y a personne…

Il disparaît sous la couette, fait glisser, d’une main ferme, l’élastique sur la peau encore endormie.

- Heu… Tu fais quoi, là ?!
- Je cambriole, mon chéri, je cambriole…

11 comments 31 octobre 2009

Contre sa peau

NBentete90Assis, au bord de la nuit. Mon rêve était plein de corps qui souffrent. Et de questions sans réponse. Trois heures du matin : je glisse dans mes oreilles des ailleurs, j’allume cette page comme on ouvrirait la fenêtre. Je compose et décompose dans le sillage d’un piano, espère dans les confessions d’un bandonéon une inspiration qui ne viendra pas. Qu’importe. Entre mes lignes, je respire un peu mieux…

Une heure passe et le sommeil revient, doucement. Le lit doit être encore juste assez chaud. Par les volets de la chambre, le ciel est noir, serein.

- Qu’est-ce que tu fous ? Viens te coucher !

J’ai les mains froides, les idées blanches.
Contre sa peau, les réchauffer…

11 comments 28 octobre 2009

Ce garçon qui revient

NBentete98Il y a ce vent chargé d’échos, cette rumeur d’outre-temps qui roule et qui bruisse au creux de mes oreilles. Il y a cette flute envoutée. A l’heure de la sieste, mes langueurs sont orientales. Et mes envies, légères…

Dans l’antichambre du sommeil tinte une cloche, résonnent les pincements du koto. Du ciel et des nuages passent par les imperceptibles fissures du plafond. Je glisse à l’intérieur de moi. Je vais entre des voiles, traverse à pas lents des jardins, des palais abandonnés aux illusions de la lumière.

Il y a ce garçon qui revient. Comme une fleur sur l’eau tranquille de mes divagations. Sa jeunesse est un parfum puissant, son regard, noir et bridé, simplement sur moi se pose. Il ne dit jamais rien. Il ne dit jamais non. En boucle, mon désir effleure la courbe de ses lèvres, le goût bruni de sa peau…

5 comments 25 octobre 2009

La question

NBentete89- Vous prendrez bien un dessert, messieurs ?

Après une excellente choucroute strasbourgeoise, accompagnée d’une bière pression finement ambrée, la redoutable question qui transforme, d’un signe de la tête, le gourmet en gourmand, est arrivée à notre table en gilet rouge à boutons dorés…

Je fronce une hésitation ; Pascal me désarme d’un sourire. Dans la carte des desserts, le péché capital hésite entre des tentations variées : tarte alsacienne, kouglof glacé, mousse au chocolat et tuile croustillante. J’allais céder à l’appel d’une crème brûlée à la vanille bourbon quand Pascal, ce diablotin es calories, me fait changer d’avis pour les crêpes flambées au Grand-Marnier à propos desquelles le garçon nous précise, un rien mystérieux, qu’elles sont servies par trois et réclament « un temps de préparation ». On décide de patienter avec un café noir accompagné de son carré de chocolat…

De fait, les tables alentours n’en croient pas leurs papilles, pourtant rassasiées, au moment où nos trios de crêpes entrent en salle, des flammes bleues courant dans leurs poêlons, des reflets d’or crépitant sur le dos.

Le temps d’une pause sur un comptoir en coulisses et les voici rien que pour nous. Dans leur assiette de porcelaine, comme autant de tutus tachés sur un lit de beurre et de sucre fondus, les demoiselles soupirent encore et se pâment, en éventail, dans les parfums puissants de la liqueur vaporisée. On les cisaille, avec douceur. Dans la bouche, ce n’est plus qu’un fondant de plaisirs, un laisser-aller de sensations savoureuses. C’est l’enfance qui revient, chaleureuse et éternelle, ragaillardie, soudain, par les essences d’orange qui vous picotent sur la langue.

Je regarde Pascal : du bonheur brille sur ses lèvres. Dehors la pluie tombe, fine et froide, sur la ville lumière…

7 comments 24 octobre 2009

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