Ces parfums minuscules

Mettre de l’écorce autour des mots, poser des points d’ombre sur la feuille.

Dire la couleur granuleuse de la lumière, long dégradé de jaune et d’appréhension, d’incertitude. Ouvrir au lecteur un monde qu’il ne voit pas. Que j’ai entraperçu. Un matin aux abords de l’automne ou peut-être un soir au creux de l’été, ici, à la croisée des chemins illusoires.

Ajouter les vibrations dans l’air, des craquements furtifs, ces parfums minuscules qui éclairent la senteur lente et noire de la terre. Croire à la sensation merveilleuse qui s’élève d’entre les lignes…

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Une chute

Sherlock est sur le coup !
Chez Palimpzeste, ce mois-ci.

Ma participation.

— Des ébréchures de porcelaine ?
— Dites plutôt un crâne de Pangolin.
— Rien ne résiste à la phrénologie, n’est-ce pas, Holmes ?
— Il me faudrait un microscope.
— L’inondation lui aura été fatale.
— Je pense davantage à une chute…

Et il balança, devant le pince-nez de l’incrédule Watson, une grosse bille de fonte entourée d’une corde.

Tadzio

Sa félinité.
Ce qu’elle implique de grâce et de dédain.
Son regard profondément bleu, ambigu, joueur, mélancolique.
Le blond cruel de ses cheveux mouillés.

Tadzio.
Son charme de porcelaine.
Son air têtu, mauvais, lointain.
Son mutisme en bayadère ou à boutons dorés.
L’énigme à jamais de ses sourires d’esquisses…

Interlude – 10

La nuit, parfois, me laisse croire à un afflux de talent.
Des image, des forces, des effets, jaillissent encore de mes vieux tubes de mots bruts.
Un ciel de fièvre, de jolis draps de mer.
Un œil allumé sur une peau d’ambre fine…

Le matin, au plafond de l’atelier, pendent les arabesques.
Ces mouvements en vers forgés.

Interlude – 8

Ce serait produire de petites choses en mots tressés, des trouvailles, des archaïsmes. À glisser au doigt, à porter à l’oreille. Du mystère taillé en goutte, un clou noir où scintillerait le talent. Être poète. Offrir des sonorités. Ajouter de l’or à la jeunesse, des inquiétudes à la beauté.

La moustache de papa

Il est tombé dans son fauteuil anglais, dossier rond et cuir fauve, un peu bas. En main, la peau noire et souple du carnet. Comme un bagage, une élégance. Il attend sur la ligne. Il se dit qu’écrire, c’est voyager.

Il y a cet air qui berce la chambre. Un Ave Maria. De la nostalgie en fumigation. Dans sa tête, des images arrêtées, superposées, déjà vues. Ne s’aventurait jamais bien loin. Un matin en vacances, le soleil encore en pyjama, l’odeur du pain grillé sous le grand parasol à franges. « Devant la maison — cheveux blonds, briques rouges, un torchon dans les mains — maman qui me regarde et ne dit rien. »

Se rappeler de son enfance. Il veut, ce soir, se souvenir heureux. Retourner, là-bas, au pays de la boîte à soldats et du kart chromé. « Redonnez-moi les sentiers sous le vent, mes beaux roseaux des sables. Redonnez-moi l’insouciance de mes onze ans, mon vélo rouge et mes rêves de Lego. La moustache de papa. »

Il reprend le chemin de l’école « quand maman nous donnait encore la main » revoit la cour de récréation, le préau, le tableau noir qu’il aimait nettoyer, à l’éponge, pendant l’étude…

Il a penché la tête. À ses pieds, le chat-tigre plisse un œil énamouré.

Comme autrefois

Écrire comme autrefois l’on savait peindre.
Pour le plaisir du geste et pour l’oreille, aussi.
Alterner la brosse du sensible et du faux.

Sur le papier ligné, avec patience et précision, marier les clairs et les obscurs, aux pleins les déliés.
Travailler l’émotion, poser là le mot juste.

Comme cette virgule de blanc qui fait briller, soudain, la perle dans l’ombre du cou.