La commode

Je nage en rêve trouble. J’en recompose les couleurs. Du vert rouillé, du gris de cale. Je traverse avec lenteur un couloir inondé, avance de mes doigts de grenouille entre des algues d’ombre. Je suis en terrain familier. Ces murs en lambeaux, inclinés, ces ouvertures, cette moquette épaisse et qui ondule, faiblement, sous la main : je reconnais mon appartement, silencieux, sous les eaux, comme après un naufrage.
Je suis entré dans la chambre. Je stationne devant la commode en pin, ouvre l’un de ses tiroirs… Il y a là des lettres à profusion, des billets griffonnés dont je n’ai pas le souvenir, tout un trésor de mots enveloppés qui prend soudain l’humidité. Des morceaux d’autrefois, des bouts de passé qui s’échappent au ralenti, insaisissables, déjà perdus, et qui se désagrègent dans le liquide opaque de mes yeux.

2 réflexions sur “La commode

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