À l’avant du vaporetto

Je me suis assis à l’extérieur, au niveau de la cabine de pilotage. Le soir tombe et la température fraîchit. Le vent du large me fait tenir, serré, le col de mon blouson. Qu’importe : mon plaisir est d’être là, ravi comme un enfant, à l’avant du vaporetto.
Le ciel a viré de couleur, passant du bleu claquant au gris sourd. À peine sortis du chenal, nous croisons le sillage houleux d’une vedette qui file en direction du Lido. Je tends le cou par-dessus la rambarde pour mieux voir plonger la coque, attentif au choc de la vague contre l’étrave, suivant les éclaboussures qui blanchissent le dos vert des ondulations.
La brume soulève autour de nous une atmosphère étrange et pleine de faux dangers. Au loin, les contours de la cité déjà s’estompent et l’on distingue, à peine, la masse érigée du Campanile. Mon regard se perd sur le damier sombre et mouvant.
Que j’aime, décidément, ces petits cabotages à travers la lagune, ces départs renouvelés, ces retours attendus, à l’intérieur du voyage ce temps voyagé. Me rappeler, ici, les trépidations du moteur, le tangage régulier du bateau, les sifflements de l’air. Me laisser porter, quelques minutes encore, perméable et silencieux, entre le ciel et l’eau…

2 réflexions sur “À l’avant du vaporetto

  1. Tant que le vaporetto va…
    Plaisir de retrouver des sensations jamais « canalisées » et cette Venise si bien décrite (aussi) par les multiples cités rassemblées sous ce nom par Paul Morand – sans oublier Philippe Sollers. 🙂

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