La moustache de papa

Il est tombé dans son fauteuil anglais, dossier rond et cuir fauve, un peu bas. En main, la peau noire et souple du carnet. Comme un bagage, une élégance. Il attend sur la ligne. Il se dit qu’écrire, c’est voyager.

Il y a cet air qui berce la chambre, un Ave Maria. De la nostalgie en fumigation. Dans sa tête, des images arrêtées, superposées, déjà vues. Ne s’aventure jamais bien loin. Un matin en vacances, le soleil encore en pyjama, l’odeur du pain grillé sous le grand parasol à franges. « Devant la maison — cheveux blonds, briques rouges, un torchon dans les mains — maman qui me regarde et ne dit rien. »

Se rappeler de son enfance. Il veut, ce soir, se souvenir heureux. Retourner, là-bas, au pays de la boîte à soldats et du kart chromé. « Redonnez-moi les sentiers sous le vent, mes beaux roseaux des sables. Redonnez-moi l’insouciance de mes onze ans, mon vélo rouge et mes rêves de Lego. La moustache de papa. »

Il reprend le chemin de l’école « quand maman nous donnait encore la main » revoit la cour de récréation, le préau, le tableau noir qu’il aimait nettoyer, à l’éponge, pendant l’étude…

Il a penché la tête. A ses pieds, le chat rond plisse un œil énamouré.

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