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Mad World
Emmitouflé dans le gris doux d’un dimanche après-midi, un livre entre les mains. Il y a cette reprise de Jules Gary qui plane, comme un appel, au milieu de la chambre. Je n’ai pas l’esprit à lire : mon regard glisse entre les lignes, maussade et paresseux. J’ai posé le livre, trop neuf, soudain trop lourd, contre ma poitrine. Je me laisse envahir, lentement, par la mélodie tendre, par les accents mélancoliques…
Je ne veux pas me souvenir. Juste un peu de tranquillité. Imaginer, simplement, un moment de solitude. Me promener au long d’une jetée en bois. Profiter encore de la lumière du jour, de l’été finissant. Regarder l’eau sombre et baltique, suivre les vagues qui éclaboussent les rochers verts et polis. A l’extrémité du ponton, m’asseoir. Sous le ciel nuageux, arrimé au vieux madrier, écouter le vent froid du large, inspirer sa force. Et puis fermer les yeux. Jusqu’au vertige. Jusqu’à l’oubli…
Le plafond, l’armoire, le mur de la chambre. Au bout du lit, Zoé m’interroge de ses pupilles très rondes. Le livre est tombé sur la moquette.
Jules Gary – Mad World
7 comments 17 mai 2009
Me vouloir chat
Zoé stationne au pied du lit, les oreilles hésitantes. Je la vois qui inspecte et qui tend le cou, mesurant la faisabilité, calculant force et trajectoire. D’une souple détente, elle pénètre d’un coup dans l’ouverture repérée, fait crisser le tissu puis disparaît, en un clin d’œil, sous les rayures encore tièdes. A grands coups de tête, la chatte se creuse une galerie confortable à travers l’épaisseur de la couette, pliée en deux, à l’extrémité du matelas. Encore quelques grondements de satisfaction et la voilà installée pour la matinée, dans un nid parfait de douceur et de tranquillité.
Dehors, la pluie commence à tomber. Un jeudi morne. Je traîne devant l’écran en peignoir mal fermé, seul et sans goût.
Mes yeux pointent en direction du lit. Comme j’aimerais, pour quelques heures, me faufiler, moi aussi, dans l’obscurité de la couette. Rejoindre, à petits coups de museau, la fourrure parfumée de ma belle paresseuse, me pelotonner, profond, entre ses pattes. Me vouloir chat, me savoir bien, dans l’insouciance de ses ronrons zébrés…
12 comments 14 mai 2009
