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Dans l’ombre des marches

Parce qu’il y a certaines nuits. Et des couleurs de peau qui vous reviennent, soudain, au bout de la langue. Parce que l’envie d’homme a des anneaux de serpent. Et le désir, des lentilles de chat…

Parce qu’il y a certains garçons, aussi. De ces blondeurs tapies, là, dans l’ombre des marches et qui ajustent, au long des murs, le cuir zippé de leur jeunesse, sous un rayon de lune la fierté rabaissée de leur boucle en laiton.

Parce qu’il s’appelait Hugo, qu’il mentait bien, qu’il sentait beau. Parce que la chambre d’hôtel, pour la première fois. Et le plaisir, le plaisir froid dans le dos…

3 comments 19 décembre 2009

Colifichets

NBentete92Entre mes doigts, le souvenir clinquant de sa jeunesse. Manquent les rayons de lumière à travers la chaleur confinée, la suffocation de l’esprit sous le martèlement des enceintes. Reste le lent balancement de ses colifichets sur le juste galbé de son torse. Image fugace et obstinée d’une nuit à Londres.

Je ne sais rien de lui. Il m’a irradié la mémoire en calant, désinvolte, une main provisoire sur ma hanche ordinaire. Je n’ai pas bien compris ce qu’il m’a demandé. Il recherchait un certain Brian, je crois. Simplement, j’ai baissé la tête et les yeux pour mieux l’entendre. Un instant suspendu. Entre le brun parfait de son téton et le filet de poils noirs qui s’échappait de son nombril…

7 comments 8 novembre 2009

Kiyoshi

NBentete79A l’heure du thé.
Sa jeunesse en pagaille.
Mèches noires et saveur de peau.

Le bruit de l’eau versée, quelques mots en volutes.
Et, dans l’air intimidé, nos silences qui infusent…

Le temps d’une gorgée brûlante.
Son regard qui me défie, un peu.
Mes yeux qui vont, qui viennent, au bord de la faïence.
Son cou qui se penche.
Mon désir qui le fixe.

Et, au coin de ses lèvres, ce léger frémissement…

20 comments 2 octobre 2009

Marie-Lou

NBentete67Marie-Lou collectionne les boites. Elle en disperse, un peu partout, chez elle : des rondes acidulées, des carrées à rayures, de bien trop grandes et de toutes menues, des allongées à pois et puis des hautes, en métal peint, pour la cuisine. Pour se défendre de verser dans l’accumulation compulsive, elle attribue à chacune d’entre elles une fonction précise de conservation. Des clés sans serrure et quelques dents de lait, d’improbables épingles à cheveux ou ces pâtes multicolores d’un premier voyage à Venise, trouvent ainsi une retraite confortable entre un réservoir de pièces oxydées et de jolies bougies blanches, toujours utiles dans une maison…

Marie-Lou hésite au dessus d’une belle orange, en carton vernis. A l’intérieur, sur le fond vert sombre, deux petits billets, d’apparence identique, pliés avec soin. Elle a secoué, doucement, méthodiquement, le contenu de la boite. Elle a soulevé le couvercle, avancé sa main en direction des billets, les yeux fermés, comme à son habitude. Son index effleure le premier trouvé ; elle retient son geste. Puis se décide, enfin, déplie très délicatement celui qui tremble, un peu, à peine, entre ses doigts. Elle lit le mot écrit au centre du billet.

Marie-Lou relève la tête, adresse un regard pensif en direction de la fenêtre. Lentement, avec application, elle replie le morceau de feuille et replace, sur son étagère, entre des photos oubliées et un assortiment d’élastiques, la boite à choix…

18 comments 10 septembre 2009

L’autre et lui

NBentete62La nuit, il rêvait de l’autre.
Et de lui.
L’autre en avait pris la tête.
L’autre et lui n’étaient plus qu’un.
L’autre qui était mort et lui qui dormait dans son lit…



Petit exercice d’écriture partagé avec lui

5 comments 5 septembre 2009

Complicité

NBentete57BIl avait dans le regard cette tristesse énigmatique, tendre, légère, qui voile et dévoile à nos yeux les mélancoliques. Chez eux, le bonheur n’a pas de prise. Quand bien même le tiendraient-ils là, serré, entre leurs bras. Et puis cet étrange abandon, cette acuité pleine d’ennui qui traversent l’objectif et qui, soudain, vous troublent et vous allument.

Il avait, au coin des lèvres, ce tout petit pli, ce rien charmeur, cette complicité silencieuse. Entre celui qui sait et celui qui n’en dira rien…

10 comments 7 août 2009

Le tunnel

NBentete50BLa façade était de mauvais goût. Sur de grands panneaux peints, des garçons, debout, se tenant par la taille, d’autres appuyés contre un mur, l’air méchant, ou bien campés sur des chaises, le sourire aguicheur. Des blonds, des rasés, des bruns. En casquette ou sévèrement bottés, gaillards poilus, jeunes imberbes, entourant le nom de l’attraction, en lettres lumineuses : Le tunnel.

- Une entrée, s’il vous plait.

Derrière la caisse, un rideau lourd en lamelles de plastique. Puis une sorte de sas, éclairé au néon rouge. Encastré dans le mur du fond, un tambour cylindrique. Frédéric s’engagea dans la portion vide du tambour. Un demi-tour plus tard et il se trouvait plongé dans une quasi obscurité, à peine trouée par des plots lumineux, au ras du sol, qui balisaient le chemin à suivre…

- Ticket !

Un baraqué avait posé une main ferme sur son épaule. Frédéric étouffa un cri de surprise en voyant le molosse, torse nu. Je fais toujours cet effet là… plaisanta le concierge des lieux pour se faire pardonner. Encore quelques échanges et Frédéric tâtonnait bientôt dans un couloir vide et circulaire, bordé de portes. Seul le gros chiffre doré qu’elles essayaient de faire briller dans le noir les distinguait.

Frédéric introduisit dans la serrure la carte magnétique que lui avait remise le costaud, sans savoir ce qu’il trouverait derrière la porte marquée du 7. A l’intérieur de la cabine il reconnut un ancien compartiment de train, avec sa fenêtre coulissante donnant sur un paysage immobile et de nuit, deux banquettes de moleskine, des cadres en métal et les porte-bagages réglementaires accrochés aux parois. Il se rappela ce que lui avait dit l’homme, à l’entrée du manège : bon voyage, jeune homme…

Au fond du compartiment quelqu’un était assis. Recroquevillé, plutôt. La lumière vague et bleue qui passait par la fenêtre n’en dessinait que les contours.

- Tu peux fermer la porte, tu sais.

Le garçon était de sa taille, il le devinait à son goût. Le passager s’approcha simplement de lui et, en le fixant, lui posa un doigt sur la bouche.

- Ne dis rien, s’il te plait.

Quand les lèvres de l’inconnu se posèrent sur ses lèvres, quand il sut, en lui ouvrant les siennes, que leurs désirs seraient fusionnels, Frédéric crut entendre le bruit cadencé des roues sur les rails, le sol tanguer légèrement sous ses pieds. Mais ce n’était que les battements sourds de son cœur et le vertige inattendu d’un premier baiser. Quand il rouvrit les yeux, le décor avait disparu dans le noir. Et la main du mystérieux voyageur à l’intérieur de son jean. Alors Frédéric revit l’enseigne et les panneaux peints, le sourire complice du maître des portes. Alors il se dit qu’il était, pour de bon, entré dans le tunnel…

7 comments 21 mai 2009

La lèvre inférieure

NBentete32BDes garçons, il aimait la beauté suspendue.
Leur séduction de papier glacé.
Le clair et l’obscur de leur peau de pixels.

Le trouble, parfois, qu’allumaient en lui le silence d’un regard, l’abandon d’une pause.

L’idée qu’il pouvait, encore, de son désir simplement, en effleurer la lèvre inférieure…

11 comments 7 avril 2009


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