Article Taggé trahison
En vain
- A demain soir…
Philippe s’en va comme il est arrivé la veille, sans émotion particulière. Comme on rejoint sa pension de famille ou que l’on quitte une chambre d’hôtel. Il me gratifie d’un baiser sur l’oreille avant de prendre la route, direction Le Mans. Un client important à visiter ; il passera la nuit sur place. Je referme la porte de notre appartement.
Février 1996. Entre nous, la crise est ouverte. Je la pressens depuis des mois, souterraine, ouvrière, détruisant par petits coups, à force d’indifférence et de compromissions, une relation que je maintiens jusqu’à l’artificiel. Par la baie vitrée mon regard se perd dans la profusion des volumes et des toits. Je vois Paris, soudain, comme une ville immense et pleine de dangers…
Je range ce qu’il a laissé, pêle-mêle, au pied du canapé : son jean, ses rangers délacées, son tee-shirt kaki et le dernier exemplaire d’une revue underground à laquelle il s’est abonné. Je parcours les textes, explicites, feuillette les pages illustrées en noir et blanc. Je glisse dans un tiroir le magazine et son univers de perversités. Philippe a tellement changé. Je remplis une machine, étends le linge propre, repasse pendant une partie de la soirée, empile les vêtements sur les rayonnages du placard commun. Je n’ai pas voulu lui parler, tout à l’heure, au téléphone. Histoire de voir sa réaction. Il me souhaite une bonne soirée, me laisse un petit baiser triste et sans conviction sur le répondeur. Cherchera-t-il à savoir où je suis, ce que je fais, pourquoi je ne suis pas à la maison ?
Après deux heures de silence je décide d’appeler, pris d’une sorte de remords mêlé d’inquiétude et de suspicion. Je recherche le numéro du Novotel que Philippe ne m’a pas laissé en partant. J’appelle la réception, une fois, deux fois, dix fois. Je n’arrive pas à le joindre. « Votre ami a demandé tout à l’heure un Minitel. Pour son travail. » J’imagine le travail, en effet…
Je suis assis à la table ronde, au milieu de l’appartement. J’attends. Une heure et trente minutes. Impuissant. Dans le silence moquetté du salon, mon imagination passe en revue tout le bestiaire des fantasmes qui doit, du côté du Mans, enfiévrer un certain clavier, devant l’écran déboutonner des envies, satisfaire des pulsions. Minuit quinze. Philippe répond, enfin. Il a l’air surpris, presque choqué de m’entendre à cette heure avancée de la nuit. Je lui explique ma soirée, l’état dans lequel je suis et lui raccroche au nez. En vain, j’attendrai toute la nuit qu’il me rappelle, tourmenté par l’angoisse, assiégé par les questions, seul et terrorisé au moment de voir tout se détruire, à nouveau, autour de moi…
7 comments 25 avril 2009
Le baiser
- Et celle-ci ? Deux garçons qui s’embrassent sur un quai de gare…
- Évidemment, cela fait un peu artificiel. Mais il y a matière à raconter, oui.
- Je vois, moi, des retrouvailles. L’un a passé quelques jours en famille, l’autre est venu l’attendre. Ils se sont reconnus, de loin. Ils s’embrassent comme s’embrasserait un couple ordinaire…
- Tu parles d’un ennui !
- C’est leur bonheur qui te gène ?
- Je ne sais pas… Je perçois, moi, comme une tension, quelque chose qui ne fonctionne pas. Le garçon de droite, il ne s’abandonne pas vraiment. Pas comme celui de gauche. Pour moi, c’est plutôt un départ. Le garçon, à gauche, c’est lui qui s’en va.
- S’ils se séparent, ils ne se quittent pas.
- Le train va partir. Celui de droite, je l’appelle Marco. Il sait, déjà.
- Celui de gauche je le verrais bien en Kévin ou peut-être en Quentin. Et que sait-il ton Marco ?!
- Qu’il va tromper Quentin…
5 comments 13 avril 2009