Article Taggé séduction
Les années JC (1/3)
- Comment avez-vous rencontré Jean-Christophe ?
- Par téléphone, tout simplement. C’était, à l’époque, en 1988 si ma mémoire est bonne, un moyen nouveau, plus pratique et bien plus convivial que le minitel pour établir un premier contact avec un garçon. En comparaison, les réseaux multiplex offraient cet avantage très appréciable de pouvoir entendre et interpeller directement les participants. La voix, le rire, le sens de la répartie disent pour moi tellement plus sur la personnalité que quelques photos choisies dans un album virtuel, comme c’est la règle aujourd’hui. J’étais seul au bureau, un midi. Mais nous étions plusieurs sur la ligne à nous voler la parole, à lancer nos filets sur une intonation sympathique, à vouloir pêcher la perle rare…
Jean-Christophe discutait avec un naturel bon enfant. C’est ce qui m’a plu chez lui : ce côté chaperon rouge faussement perdu et qui demande, avec aplomb, son chemin au pays des loups. Comme il appelait d’une cabine publique, il s’est trouvé rapidement sans crédit sur sa carte téléphonique. Il a communiqué, à qui pouvait le noter, son numéro de cabine avant de raccrocher. Je fus, apparemment, le plus rapide.
- Il faut croire, aussi, que vous avez su trouver les mots pour lui indiquer son chemin…
- Sans doute, oui (Sourire). Nous avons fixé le rendez-vous, chez moi, au lendemain. Jean-Christophe avait dix-huit ans depuis quelques mois à peine. Très brun, un joli sourire, un physique tout en longueur à la Rupert Everett. Un look et une allure d’hétérosexuel. Mince mais énergique et fort bien équipé, ma foi. Un étudiant en Lettres modernes qui habitait sagement chez ses parents, en banlieue lilloise. A mes yeux, il avait tout du minou idéal…
- Et pour ce qui vous concerne ?
- J’avais vingt-six ans et, je le suppose, la maturité d’un grand frère. Je gagnais déjà fort bien ma vie et je louais un studio en centre ville. Cette réalité là ne vous apparaît, clairement, que bien des années plus tard. Pour l’heure, je nous revois tous les deux : lui, en pull marine, les mains croisées, assis sur le canapé-lit laissé déplié. Moi, totalement intimidé par sa jeunesse et pas sûr du tout de lui plaire, devant mon Apple flambant neuf à lui faire une démonstration de Mac golf ! Je ne suis pas venu ici pour voir ton ordinateur me lance-t-il au bout d’un moment, un peu agacé. Si je ne te plais pas tu me le dis, c’est tout.
- Ce garçon là, au moins, savait ce qu’il voulait…
(A suivre)
9 comments 18 octobre 2009
Kiyoshi
A l’heure du thé.
Sa jeunesse en pagaille.
Mèches noires et saveur de peau.
Le bruit de l’eau versée, quelques mots en volutes.
Et, dans l’air intimidé, nos silences qui infusent…
Le temps d’une gorgée brûlante.
Son regard qui me défie, un peu.
Mes yeux qui vont, qui viennent, au bord de la faïence.
Son cou qui se penche.
Mon désir qui le fixe.
Et, au coin de ses lèvres, ce léger frémissement…
19 comments 2 octobre 2009
Filles du calvaire
- Il convient que je te présente à notre hôte, la vicomtesse de Balard-Créteil…
- Décidément, la jeunesse se porte en papillote par ici !
- Tu verras, on se plait vite à vouloir y goûter. Ah, j’oubliais : céans, l’habitude veut que les garçons peu soucieux de leur virilité se nomment et s’interpellent au féminin…
- Ne vous y fiez pas trop, monsieur. Nous savons, à l’occasion, convoquer l’homme qui sommeille en nous…
- Vicomtesse voici Nicolas Bleusher, écrivain public.
- Ah oui, Corentin m’a parlé de vous. Vous êtes un garçon d’expérience à ce qu’il parait ?
- Disons que je remets volontiers mon ouvrage sur le clavier. Cela m’aide à garder… les doigts verts.
- Dites-moi, Corentin, il ne serait pas un peu coquin votre Nicolas ?!
- Mais je ne fais pas entrer dans votre cercle des anodins, Vicomtesse. Vous m’en feriez reproche…
- Dans ce cas je vous fais, sur le champ, baron du Chemin vert !
- Etre votre chevalier, pour un soir, m’aurait suffit Vicomtesse…
- Justement, Corentin vous a-t-il parlé de nos usages, baron ?
- Suffisamment pour éveiller ma curiosité…
- Je vais devoir vous abandonner : je vois la marquise de Charenton-Ecoles qui s’impatiente. Je crois qu’il est temps pour moi d’aller me dégourdir la langue !
- De fait, il a principalement évoqué la belle conversation des Filles du Calvaire.
- Vicomtesse, je vous laisse le soin de faire découvrir votre intérieur à notre plume…
- Sauvez-vous Corentin ! Vous me feriez monter le rouge aux fesses !
- Nous pourrions peut-être commencer par le salon ? Corentin m’en a dit le plus grand intérêt…
- Ne soyez donc pas si pressé, baron. Ma chambre est tout à côté…
15 comments 26 août 2009
Complicité
Il avait dans le regard cette tristesse énigmatique, tendre, légère, qui voile et dévoile à nos yeux les mélancoliques. Chez eux, le bonheur n’a pas de prise. Quand bien même le tiendraient-ils là, serré, entre leurs bras. Et puis cet étrange abandon, cette acuité pleine d’ennui qui traversent l’objectif et qui, soudain, vous troublent et vous allument.
Il avait, au coin des lèvres, ce tout petit pli, ce rien charmeur, cette complicité silencieuse. Entre celui qui sait et celui qui n’en dira rien…
10 comments 7 août 2009
La lèvre inférieure
Des garçons, il aimait la beauté suspendue.
Leur séduction de papier glacé.
Le clair et l’obscur de leur peau de pixels.
Le trouble, parfois, qu’allumaient en lui le silence d’un regard, l’abandon d’une pause.
L’idée qu’il pouvait, encore, de son désir simplement, en effleurer la lèvre inférieure…
11 comments 7 avril 2009