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Michel
En entrant dans la pièce je trouvais Michel assis à la fenêtre, les mains croisées, posées sur la table. Il tourna vers moi un regard que je n’oublierai pas. Les plis de son front s’étaient arc-boutés, ses sourcils contractés vers moi, trahissant les terribles forces qui s’exerçaient en lui. Il voulut desserrer les doigts et peut-être un mot. Il inclina juste un petit sourire, une drôle de moue. Quelque chose d’infiniment fragile, de presque nu.
Photographie : *Modimo*
7 comments 7 novembre 2009
A la fenêtre
Elle est debout, à la fenêtre. Elle porte sa robe de jersey bleu, son inséparable gilet à grosses côtes, sans manche, écru. Sa main gauche caresse le dos cannelé du radiateur, éteint. Cette sensation, toujours, qu’elle a d’avoir froid…
Qui donc attend-elle ? Personne. Simplement elle regarde par la vitre, appuyée sur sa canne, silencieuse, aux aguets, comme ces chats placides et qui guettent vers les toits, du fond de leur panier, par instinct ou par ennui. Elle regarde en direction du carrefour, en direction des voitures qui vont, qui viennent, en direction des piétons qui traversent la rue.
Elle est debout dans ses pantoufles neuves. Ses cheveux fins, gris perle, sont retenus dans un maigre chignon. Le ciel penche sur son visage si tendrement fripé une lumière pâle, infiniment douce. Dans la chambre, le temps passe comme un vent très léger. Je vois sa main, fragile et cramponnée, son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge. Curieuse, encore.
24 comments 1 septembre 2009
Complicité
Il avait dans le regard cette tristesse énigmatique, tendre, légère, qui voile et dévoile à nos yeux les mélancoliques. Chez eux, le bonheur n’a pas de prise. Quand bien même le tiendraient-ils là, serré, entre leurs bras. Et puis cet étrange abandon, cette acuité pleine d’ennui qui traversent l’objectif et qui, soudain, vous troublent et vous allument.
Il avait, au coin des lèvres, ce tout petit pli, ce rien charmeur, cette complicité silencieuse. Entre celui qui sait et celui qui n’en dira rien…
10 comments 7 août 2009
Le déclencheur
Il se pencha par la fenêtre. Les murs de l’immeuble voisin formaient avec l’arrière du bâtiment un puis morne, étroitement silencieux. La lumière grise et uniforme que versaient les derniers étages lui sembla idéale. Quand il avait l’occasion de visiter un appartement, il manquait rarement de passer la tête par les ouvertures qui donnaient sur la cour intérieure. Cela tournait à l’obsession et frisait le sans gène, parfois.
Il se pencha par la fenêtre. Une verrière et des couvertures zinguées brillaient dans la décrépitude. Il ressentit presqu’aussitôt cette force qui l’attirait vers le fond. Des images, rapides, étonnamment précises, le traversèrent. Il imagina la chute, en estima la durée. Trois ou quatre secondes, tout au plus. Son œil fixait les carrés lumineux qui le guidaient dans la mise au point. A travers l’objectif se succédèrent les basculements possibles, l’affolement du cœur, les contorsions, les réflexes dérisoires. Des visages, quelques mots, un craquement d’os. Il appuya sur le déclencheur.
6 comments 2 août 2009
Le baiser
- Et celle-ci ? Deux garçons qui s’embrassent sur un quai de gare…
- Évidemment, cela fait un peu artificiel. Mais il y a matière à raconter, oui.
- Je vois, moi, des retrouvailles. L’un a passé quelques jours en famille, l’autre est venu l’attendre. Ils se sont reconnus, de loin. Ils s’embrassent comme s’embrasserait un couple ordinaire…
- Tu parles d’un ennui !
- C’est leur bonheur qui te gène ?
- Je ne sais pas… Je perçois, moi, comme une tension, quelque chose qui ne fonctionne pas. Le garçon de droite, il ne s’abandonne pas vraiment. Pas comme celui de gauche. Pour moi, c’est plutôt un départ. Le garçon, à gauche, c’est lui qui s’en va.
- S’ils se séparent, ils ne se quittent pas.
- Le train va partir. Celui de droite, je l’appelle Marco. Il sait, déjà.
- Celui de gauche je le verrais bien en Kévin ou peut-être en Quentin. Et que sait-il ton Marco ?!
- Qu’il va tromper Quentin…
5 comments 13 avril 2009
La lèvre inférieure
Des garçons, il aimait la beauté suspendue.
Leur séduction de papier glacé.
Le clair et l’obscur de leur peau de pixels.
Le trouble, parfois, qu’allumaient en lui le silence d’un regard, l’abandon d’une pause.
L’idée qu’il pouvait, encore, de son désir simplement, en effleurer la lèvre inférieure…
11 comments 7 avril 2009
