Article Taggé ombre
Vapeur(s)
Assis au fond de la baignoire il pouvait sentir la chaleur irradier, l’humidité qui fleurissait entre ses jambes. Il tourna sans hésiter le robinet de droite, tendit ses lèvres aux perles étincelantes qui jaillirent, soudain, du pommeau de douche. Un jet froid percuta sa poitrine, éclaboussa les épaules, ricocha contre son cou. Il ferma les yeux, crispa ses doigts autour de la pomme, brisant la puissance du jet entre ses pouces. L’air lui manqua.
Dans la pénombre, un peu de vapeur s’accrochait au luisant des faïences. Il respira mieux. Il laissa l’eau glisser au long de ses boucles, filer doux contre ses joues, déborder de sa bouche, couler entre ses cuisses. Le désir, bientôt, lui tendit la peau.
Quand le dernier filet disparut sous la bonde, il lui sembla que le soir était plus frais…
12 comments 20 août 2009
Dans l’ombre du cou
Écrire comme autrefois l’on savait peindre. Sur le papier toilé, à la plume, pour le plaisir du geste et pour l’oreille, aussi, avec patience et précision, marier les clairs et les obscurs, les pleins, les déliés. Longtemps chercher la couleur du moment. D’une image donner chair à l’émotion. D’un mot, d’un verbe, transmettre le sentiment qui traverse un regard…
Comme ces virgules de lumière qui, précieuses, font naitre la perle dans l’ombre du cou.
10 comments 26 avril 2009
Souviens-toi des étés derniers
Dire quelques moments heureux. Forcer, pour une fois, la mélancolie ordinaire du clavier. Ouvrir un billet comme on déplie une chaise ou un transat, malgré le ciel nuageux. Chercher dans l’établi d’auteur quelques notes, la nostalgie d’un piano. Plonger dans le kaléidoscope des impressions et des couleurs, lancer le diaporama de la mémoire…
Souviens-toi des étés derniers. Des amours carte postale.
Mykonos. Jean-Christophe, allongé sur un banc, torse nu. Le même, assis, prenant des poses, près du port, un matin éblouissant de lumière. Cette année là, le soleil était grec. Je me souviens de la poussière blanche soulevée par les bus roulant vers les plages. Je revois la mer, d’un bleu dense, la barque à moteur filant vers Super paradise. Notre virée en Vespa rouge, sous les coups de vent, lui me serrant dans les pentes, moi accroché au guidon…
Ibiza et le Torre Del Mar. Philippe. Dans la nuit exubérante, le feu des artifices et les restaurants sans compter. Laurent et Jérôme. La foule, les bars, le désir, partout. Ce drôle de baiser, gourmand, étonnamment sucré, qu’il me donna un soir d’ivresse. Le retour vers l’hôtel, transi sous le ciel rapide, à l’arrière du cabriolet, dans le creux de son épaule.
Gérard. Son air doux et coquin, dans la pénombre d’un après-midi, sur les hauts de Megève. Une séance photos avant de repartir pour Paris. Dans ses jolis yeux noirs je n’ai pas lu, pas compris, le drame à venir. Qu’il me pardonne.
Mes souvenirs prennent de l’ombre, soudain. Mon humeur vire au triste, au chagrin. Je me défends, je lui résiste. Mais je sais bien que rien de léger ne viendra plus, ce soir, sous mes doigts.
Le passé est un joueur qui triche. Et je suis bon perdant. Je reviendrai, un jour, m’asseoir à sa table. Quand les remords vivaces et les peines d’araignée auront fané aux fenêtres de ma vie. Quand la tranquillité sera revenue dans ma tête. Alors les plaisirs d’hier, les sourires oubliés, toutes ces joies enfouies à nouveau refleuriront au bord de mes yeux. Alors je refermerai sans doute ce carnet, d’une dernière mélopée, d’un dernier mot frappé. Comme on replie sa chaise ou son transat, reposé d’avoir longtemps regardé le ciel ou la mer, d’avoir, longtemps, regardé en soi…
8 comments 18 avril 2009
