Article Taggé oeil

A la fenêtre

NBentete64Elle est debout, à la fenêtre. Elle porte sa robe de jersey bleu, son inséparable gilet à grosses côtes, sans manche, écru. Sa main gauche caresse le dos cannelé du radiateur, éteint. Cette sensation, toujours, qu’elle a d’avoir froid…

Qui donc attend-elle ? Personne. Simplement elle regarde par la vitre, appuyée sur sa canne, silencieuse, aux aguets, comme ces chats placides et qui guettent vers les toits, du fond de leur panier, par instinct ou par ennui. Elle regarde en direction du carrefour, en direction des voitures qui vont, qui viennent, en direction des piétons qui traversent la rue.

Elle est debout dans ses pantoufles neuves. Ses cheveux fins, gris perle, sont retenus dans un maigre chignon. Le ciel penche sur son visage si tendrement fripé une lumière pâle, infiniment douce. Dans la chambre, le temps passe comme un vent très léger. Je vois sa main, fragile et cramponnée, son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge. Curieuse, encore.

24 comments 1 septembre 2009

La corniche

NBentete53BSanglé à l’arrière du Kangoo, quelque part sur la corniche, entre Eze et La Turbie. Mon œil se perd, cahoté, mi-clos, dans le vert épineux et le bleu qui s’étire. Il faudrait s’arrêter là, prendre la mesure. Se remplir d’air et de ciel, basculer vers l’horizon qui se courbe. Taquiner le vertige au bord du cirque de roches. Il faudrait marcher un peu, sans être gêné par la soif, sans craindre la morsure du soleil. Un bâton à la main, peut-être. Embrasser, lentement, la beauté du panorama, l’âpreté du paysage.

Mais nous passons. La corniche n’appartient qu’à la route.

8 comments 31 juillet 2009

La lecture

NBentete46BRue Charlot, en début de soirée. Des causeurs, déjà, font grappes devant la galerie. Sur le trottoir d’en face je reconnais Anne qui nous attend. Je détaille ceux qui patientent, à l’intérieur. Des bourgeois bohèmes et quelques ébouriffés qui jettent un œil distrait aux compositions minimalistes accrochées aux murs. Gilda nous rejoint. Nous pénétrons, à notre tour, dans la galerie.

La pièce est petite, presque pleine et la porte d’entrée doit rester ouverte. Anne et Gilda se sont assises sur le parquet. Debout, je cherche une pause. Alain arrive, enfin, tandis qu’un dégarni à lunettes, l’élocution facile, le discours élégant, annonce que la lecture va pouvoir commencer…

Elle est d’une fragilité anguleuse, d’une blondeur qui hésite entre deux saisons. Elle penche, délicate, ses longs cheveux sur une robe imprimée de fleurs multicolores. C’est une pâleur émouvante qui tremble des mots courts. On l’entend à peine. Elle évoque, d’une bouche fine et méthodique, des moments suspendus. Mais ses paroles sont bientôt couvertes par les bruits de la rue. La concentration est difficile, l’évasion compromise. Ne me parviennent du fond de la salle que des bribes, des images fugaces. Et puis, soudain, très distinctement : L’air est éblouissant comme une fosse.

Derrière moi on chuchote, on s’interpose. Je me retourne, dévisage un homme en tee-shirt, l’œil fatigué, posté sur le pas de la porte, qui lance tout à coup, à travers la lecture en sursaut : Y’a quelqu’un qu’aurait une cigarette ?!

13 comments 29 avril 2009


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