Article Taggé nuit

Les oiseaux

NBentete96Il aimait les oiseaux.
Pour leur cage… souriait-il, leur cage thoracique.
La nuit, un à un, il leur comptait les barreaux.

- Tu cherches quoi ? avait demandé Kim, l’œil amusé, tandis que l’autre tâtonnait, de sa main libre, sous le sommier.

Il aimait les oiseaux.
Les jeunes, les beaux, soupirait-il derrière ses barreaux.
La nuit, il leur ouvrait, grand, le paradis…

16 comments 15 novembre 2009

Contre sa peau

NBentete90Assis, au bord de la nuit. Mon rêve était plein de corps qui souffrent. Et de questions sans réponse. Trois heures du matin : je glisse dans mes oreilles des ailleurs, j’allume cette page comme on ouvrirait la fenêtre. Je compose et décompose dans le sillage d’un piano, espère dans les confessions d’un bandonéon une inspiration qui ne viendra pas. Qu’importe. Entre mes lignes, je respire un peu mieux…

Une heure passe et le sommeil revient, doucement. Le lit doit être encore juste assez chaud. Par les volets de la chambre, le ciel est noir, serein.

- Qu’est-ce que tu fous ? Viens te coucher !

J’ai les mains froides, les idées blanches.
Contre sa peau, les réchauffer…

11 comments 28 octobre 2009

La nuit où

NBentete81La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon fut, aussi, la dernière. Mon heure étant venue, le dragon s’est présenté à moi et il m’a invité, simplement, à lui grimper sur l’échine. La bête avait l’œil affable, la selle semblait confortable. Et puisqu’il me fallait quitter la vie… J’ai supposé qu’il devait en être ainsi. Je ne crois pas, sur le moment, avoir ressenti le moindre étonnement.

La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon fut, peut-être, la plus belle. Sur la ville nous avons glissé, rapides comme le vent, silencieux comme des secrets. L’air était doux et le vertige étoilé. Nous avons suivi les eaux noires du fleuve, rasé des ponts, dépassé les terres endormies. Et puis, par-dessus l’océan, au-delà des nuages, nous avons pénétré dans l’autre monde…

La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon, j’ai fait une promesse : celle de ne rien révéler. En échange, la bête m’a promis qu’elle reviendrait me prendre, un jour, pour un nouveau voyage. Celui du retour. Depuis, je marche dans vos rêves, je survis dans le sommeil des vivants. Je ne sais pas pourquoi. J’ai supposé qu’il devait en être ainsi. Longtemps j’ai tenu parole. Longtemps j’ai patienté, figure anonyme, errant dans le décor inépuisable de vos songes. Mais cette nuit, vois-tu, j’ai l’ennui qui bavarde. Cette nuit, j’ai la fatigue d’exister. Et le dragon, je ne veux plus l’attendre…

Voilà. Tu la connais, maintenant, mon histoire. Je me sens bien, tout à coup. Même si, déjà, l’énergie m’abandonne. Pour de bon, cette fois. Cela ne m’effraie pas : je suis prêt.

La nuit où j’ai volé sur le dos du dragon, dis, tu la raconteras ?

15 comments 10 octobre 2009

Le bar bleu

NBentete75Un café, rue Blanche. Dehors rode la nuit, noire. Je regarde à travers le rouillé de la vitre : le jaune clignotant des voitures à l’arrêt, le rouge qui passe au vert. Il y a cet homme aux cheveux gris, assis, devant moi, dans le miroir. Sur la table acajou, mon carnet, ouvert.

- Le bar bleu va fermer, monsieur…

On s’embrasse, derrière moi, dans le grenat du rideau. Une dernière lampée de blonde. Et, sur le trottoir mouillé, les pas décolorés d’un chercheur de rêves.

5 comments 27 septembre 2009

Je ne dors pas

NBentete44BDe l’autre côté de ma nuit.

Une femme gémit, quelque part, dans les étages. A chacun des assauts de l’homme répondra une plainte.

Les ressorts du matelas se sont tus.
Leur lit repose. Je ne dors pas.

Dans la chambre, flotte un parfum de sulfure…

Il y a ce garçon, allongé, seul, au fond d’un canapé, au milieu de l’écran.
Dans la pénombre, sa peau brune a des reflets luisants.
Il y a sa main qui va, mon désir qui le suit.
Sa bouche entrouverte, ses longs cils, noirs, abaissés.
Son ventre qui se creuse…

Plaisir intense et silencieux

11 comments 1 mai 2009

En vain

NBentete43B- A demain soir…

Philippe s’en va comme il est arrivé la veille, sans émotion particulière. Comme on rejoint sa pension de famille ou que l’on quitte une chambre d’hôtel. Il me gratifie d’un baiser sur l’oreille avant de prendre la route, direction Le Mans. Un client important à visiter ; il passera la nuit sur place. Je referme la porte de notre appartement.

Février 1996. Entre nous, la crise est ouverte. Je la pressens depuis des mois, souterraine, ouvrière, détruisant par petits coups, à force d’indifférence et de compromissions, une relation que je maintiens jusqu’à l’artificiel. Par la baie vitrée mon regard se perd dans la profusion des volumes et des toits. Je vois Paris, soudain, comme une ville immense et pleine de dangers…

Je range ce qu’il a laissé, pêle-mêle, au pied du canapé : son jean, ses rangers délacées, son tee-shirt kaki et le dernier exemplaire d’une revue underground à laquelle il s’est abonné. Je parcours les textes, explicites, feuillette les pages illustrées en noir et blanc. Je glisse dans un tiroir le magazine et son univers de perversités. Philippe a tellement changé. Je remplis une machine, étends le linge propre, repasse pendant une partie de la soirée, empile les vêtements sur les rayonnages du placard commun. Je n’ai pas voulu lui parler, tout à l’heure, au téléphone. Histoire de voir sa réaction. Il me souhaite une bonne soirée, me laisse un petit baiser triste et sans conviction sur le répondeur. Cherchera-t-il à savoir où je suis, ce que je fais, pourquoi je ne suis pas à la maison ?

Après deux heures de silence je décide d’appeler, pris d’une sorte de remords mêlé d’inquiétude et de suspicion. Je recherche le numéro du Novotel que Philippe ne m’a pas laissé en partant. J’appelle la réception, une fois, deux fois, dix fois. Je n’arrive pas à le joindre. « Votre ami a demandé tout à l’heure un Minitel. Pour son travail. » J’imagine le travail, en effet…

Je suis assis à la table ronde, au milieu de l’appartement. J’attends. Une heure et trente minutes. Impuissant. Dans le silence moquetté du salon, mon imagination passe en revue tout le bestiaire des fantasmes qui doit, du côté du Mans, enfiévrer un certain clavier, devant l’écran déboutonner des envies, satisfaire des pulsions. Minuit quinze. Philippe répond, enfin. Il a l’air surpris, presque choqué de m’entendre à cette heure avancée de la nuit. Je lui explique ma soirée, l’état dans lequel je suis et lui raccroche au nez. En vain, j’attendrai toute la nuit qu’il me rappelle, tourmenté par l’angoisse, assiégé par les questions, seul et terrorisé au moment de voir tout se détruire, à nouveau, autour de moi…

7 comments 25 avril 2009

Souviens-toi des étés derniers

NBentete41BDire quelques moments heureux. Forcer, pour une fois, la mélancolie ordinaire du clavier. Ouvrir un billet comme on déplie une chaise ou un transat, malgré le ciel nuageux. Chercher dans l’établi d’auteur quelques notes, la nostalgie d’un piano. Plonger dans le kaléidoscope des impressions et des couleurs, lancer le diaporama de la mémoire…

Souviens-toi des étés derniers. Des amours carte postale.

Mykonos. Jean-Christophe, allongé sur un banc, torse nu. Le même, assis, prenant des poses, près du port, un matin éblouissant de lumière. Cette année là, le soleil était grec. Je me souviens de la poussière blanche soulevée par les bus roulant vers les plages. Je revois la mer, d’un bleu dense, la barque à moteur filant vers Super paradise. Notre virée en Vespa rouge, sous les coups de vent, lui me serrant dans les pentes, moi accroché au guidon…

Ibiza et le Torre Del Mar. Philippe. Dans la nuit exubérante, le feu des artifices et les restaurants sans compter. Laurent et Jérôme. La foule, les bars, le désir, partout. Ce drôle de baiser, gourmand, étonnamment sucré, qu’il me donna un soir d’ivresse. Le retour vers l’hôtel, transi sous le ciel rapide, à l’arrière du cabriolet, dans le creux de son épaule.

Gérard. Son air doux et coquin, dans la pénombre d’un après-midi, sur les hauts de Megève. Une séance photos avant de repartir pour Paris. Dans ses jolis yeux noirs je n’ai pas lu, pas compris, le drame à venir. Qu’il me pardonne.

Mes souvenirs prennent de l’ombre, soudain. Mon humeur vire au triste, au chagrin. Je me défends, je lui résiste. Mais je sais bien que rien de léger ne viendra plus, ce soir, sous mes doigts.

Le passé est un joueur qui triche. Et je suis bon perdant. Je reviendrai, un jour, m’asseoir à sa table. Quand les remords vivaces et les peines d’araignée auront fané aux fenêtres de ma vie. Quand la tranquillité sera revenue dans ma tête. Alors les plaisirs d’hier, les sourires oubliés, toutes ces joies enfouies à nouveau refleuriront au bord de mes yeux. Alors je refermerai sans doute ce carnet, d’une dernière mélopée, d’un dernier mot frappé. Comme on replie sa chaise ou son transat, reposé d’avoir longtemps regardé le ciel ou la mer, d’avoir, longtemps, regardé en soi…

8 comments 18 avril 2009

Rose Martini

NBentete31BLa lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Le soir, doucement, colore les murs de ma chambre…

Rose Martini. Dans Havana la vieille, me perdre si je veux. Les garçons ont la peau brune, le regard fier. Voir sans être vu. Un bar ouvert sur la rue, un piano, une basse. Les pales usées du ventilateur brassent à peine l’air miséreux. Un crooner soupire, les yeux fermés, pour une unique trompette. Ma tête cherche un appui.

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.

La nuit, lentement, s’abime dans le miroir rouillé. Quelque part, une contrebasse vibre encore pour la délicatesse d’une harpe. La mélancolie colle à mon front.

Entre une clarinette et un banjo. Au long de la mer, me remplir de soleil frais, la nuque vague et posée sur la moleskine rouge d’une antique américaine. Me laisser conduire, les idées au vent, le regard perdu dans le ciel nuageux…

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Simplement, le sommeil coule en moi.

7 comments 5 avril 2009


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