Article Taggé musique

Contre sa peau

NBentete90Assis, au bord de la nuit. Mon rêve était plein de corps qui souffrent. Et de questions sans réponse. Trois heures du matin : je glisse dans mes oreilles des ailleurs, j’allume cette page comme on ouvrirait la fenêtre. Je compose et décompose dans le sillage d’un piano, espère dans les confessions d’un bandonéon une inspiration qui ne viendra pas. Qu’importe. Entre mes lignes, je respire un peu mieux…

Une heure passe et le sommeil revient, doucement. Le lit doit être encore juste assez chaud. Par les volets de la chambre, le ciel est noir, serein.

- Qu’est-ce que tu fous ? Viens te coucher !

J’ai les mains froides, les idées blanches.
Contre sa peau, les réchauffer…

11 comments 28 octobre 2009

L’embarcadère

NBentete78Souvent la musique est cet embarcadère où marche lente mon inspiration. Les idées, souvent, se font rares au bout de la jetée. Parfois les images s’invitent, belles, soudain évidentes, sous mes pas…

Ce matin, dans la morosité de ma chambre, un chant triste et langoureux, un air d’Orient, soulève en moi les voiles du partir. Ce matin, dans les brumes alanguies où s’enfonce, peu à peu, mon ennui d’ici bas, je veux encore, à l’extrémité du ponton, être un rêveur sous le vent, ce voyageur en mots troubles, assis, au bord du sensible.

Sous l’oreiller, mes doigts cherchent doux. Dans le sommeil qui enfle, mon corps se dilue. Je deviens. Par dessus les eaux précieuses d’une baie au couchant, entre les jonques de pierre, je déplie, moi aussi, mes ailes de géant…

12 comments 30 septembre 2009

Mad World

NBentete49BEmmitouflé dans le gris doux d’un dimanche après-midi, un livre entre les mains. Il y a cette reprise de Jules Gary qui plane, comme un appel, au milieu de la chambre. Je n’ai pas l’esprit à lire : mon regard glisse entre les lignes, maussade et paresseux. J’ai posé le livre, trop neuf, soudain trop lourd, contre ma poitrine. Je me laisse envahir, lentement, par la mélodie tendre, par les accents mélancoliques…

Je ne veux pas me souvenir. Juste un peu de tranquillité. Imaginer, simplement, un moment de solitude. Me promener au long d’une jetée en bois. Profiter encore de la lumière du jour, de l’été finissant. Regarder l’eau sombre et baltique, suivre les vagues qui éclaboussent les rochers verts et polis. A l’extrémité du ponton, m’asseoir. Sous le ciel nuageux, arrimé au vieux madrier, écouter le vent froid du large, inspirer sa force. Et puis fermer les yeux. Jusqu’au vertige. Jusqu’à l’oubli…

Le plafond, l’armoire, le mur de la chambre. Au bout du lit, Zoé m’interroge de ses pupilles très rondes. Le livre est tombé sur la moquette.



Jules Gary – Mad World

7 comments 17 mai 2009

Eviter les débordements

NBentete42BA-vant j’avais une belle peau, j’étais mince et fier comme un pied d’micro !

La gouaille du chanteur, ce petit déhanché de banjo qui l’accompagne, décomplexent une fin de semaine plutôt chargée en calories. Onze heures du matin. En Dim noir et pantoufles à rayures, derrière mes volets clos, je fais tournoyer, sensuel et cabot, le cordon dénoué de ma robe de chambre. A petits pas, je chaloupe en direction de la salle de bain, chantonnant : Comment devenir fin sans devenir fou ?!

Vrooop ! D’un geste un rien théâtral, je laisse tomber à mes pieds le peignoir vert bronze. La cheville alerte, je passe, royal et coquin, devant le miroir posé au dessus du lavabo…

J’ai entendu un cri et puis… plus rien ! rapportera une voisine de palier, un peu affolée.



Sanseverino – Le tango des gens (2001)
> Maigrir

7 comments 20 avril 2009

Rose Martini

NBentete31BLa lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Le soir, doucement, colore les murs de ma chambre…

Rose Martini. Dans Havana la vieille, me perdre si je veux. Les garçons ont la peau brune, le regard fier. Voir sans être vu. Un bar ouvert sur la rue, un piano, une basse. Les pales usées du ventilateur brassent à peine l’air miséreux. Un crooner soupire, les yeux fermés, pour une unique trompette. Ma tête cherche un appui.

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.

La nuit, lentement, s’abime dans le miroir rouillé. Quelque part, une contrebasse vibre encore pour la délicatesse d’une harpe. La mélancolie colle à mon front.

Entre une clarinette et un banjo. Au long de la mer, me remplir de soleil frais, la nuque vague et posée sur la moleskine rouge d’une antique américaine. Me laisser conduire, les idées au vent, le regard perdu dans le ciel nuageux…

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Simplement, le sommeil coule en moi.

7 comments 5 avril 2009


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