Article Taggé lumière

Je me souviens

Il y a cette lumière, un peu crue, que verse le jour au centre de la cour. Cet air presque doux que réverbèrent, géométrie silencieuse, les colonnes de marbre blanc. La mer est proche, le ciel incertain. Je me suis assis à l’intérieur du patio, pour mieux profiter du moment. Mon regard se promène au bord luisant des marches, dans le bistre en mouvement et les orangés suspendus des fresques. Se glisse entre les noirs enchevêtrements du laurier rose.

La mélancolie me ferme les yeux. Près de la fontaine endormie, dans le climat juste parfait de ce matin d’hiver, je me souviens…

6 comments 26 novembre 2009

Colifichets

NBentete92Entre mes doigts, le souvenir clinquant de sa jeunesse. Manquent les rayons de lumière à travers la chaleur confinée, la suffocation de l’esprit sous le martèlement des enceintes. Reste le lent balancement de ses colifichets sur le juste galbé de son torse. Image fugace et obstinée d’une nuit à Londres.

Je ne sais rien de lui. Il m’a irradié la mémoire en calant, désinvolte, une main provisoire sur ma hanche ordinaire. Je n’ai pas bien compris ce qu’il m’a demandé. Il recherchait un certain Brian, je crois. Simplement, j’ai baissé la tête et les yeux pour mieux l’entendre. Un instant suspendu. Entre le brun parfait de son téton et le filet de poils noirs qui s’échappait de son nombril…

6 comments 8 novembre 2009

La rumeur de nos pardons

NBentete83Au Père Lachaise, j’aimais me promener. Je n’y vais plus depuis la mort de mon ami. Ses cendres y ont été dispersées, légères et anonymes, sans moi. Ces derniers mots résonnent à l’intérieur de ma tête, comme la lumière pénétrante des vitraux au fond des caveaux oubliés. Au Père Lachaise, je ne veux pas retourner. Je ne peux pas. Pas encore. Un jour, sans doute, je trouverai en moi assez de force et de sérénité pour en franchir, à nouveau, les grilles. Ce jour là, dans l’air froid, sous le grand ciel, je chercherai, entre les tombes et mes frissons, la rumeur de nos pardons…

17 comments 11 octobre 2009

Renoncer

NBentete74Renoncer. Dire le vertige de la tentation, le bon sens qui résiste, la raison qui refuse. Dire le besoin de passer outre. Le plaisir, soudain, à peine a-t-on lâché prise…

Perdre son temps. Le voir glisser comme du sable entre ses doigts. Refuser d’aller plus loin que le moment présent. Déposer là les habitudes. Éteindre le téléphone, fermer sa porte, ouvrir au changement les fenêtres de son corps.

Renoncer. Ne plus vouloir au milieu d’eux. S’en foutre un peu, beaucoup, passionnément. Laisser faire, laisser couler. Suivre cette guitare qui parle d’ailleurs. Et qu’importe le moment. Rêver nuages, parler cailloux, rouler grand ciel. Rouler jusqu’à l’oubli des heures. Se laisser cahoter, le front large et poussiéreux, dans la beauté d’un jour imaginé. Voyager pour le voyage. Respirer les couleurs, se remplir d’ocres et d’éblouissements. Se fondre, s’abandonner. Enfin.

18 comments 24 septembre 2009

A la fenêtre

NBentete64Elle est debout, à la fenêtre. Elle porte sa robe de jersey bleu, son inséparable gilet à grosses côtes, sans manche, écru. Sa main gauche caresse le dos cannelé du radiateur, éteint. Cette sensation, toujours, qu’elle a d’avoir froid…

Qui donc attend-elle ? Personne. Simplement elle regarde par la vitre, appuyée sur sa canne, silencieuse, aux aguets, comme ces chats placides et qui guettent vers les toits, du fond de leur panier, par instinct ou par ennui. Elle regarde en direction du carrefour, en direction des voitures qui vont, qui viennent, en direction des piétons qui traversent la rue.

Elle est debout dans ses pantoufles neuves. Ses cheveux fins, gris perle, sont retenus dans un maigre chignon. Le ciel penche sur son visage si tendrement fripé une lumière pâle, infiniment douce. Dans la chambre, le temps passe comme un vent très léger. Je vois sa main, fragile et cramponnée, son œil, tendu, derrière des lunettes sans âge. Curieuse, encore.

24 comments 1 septembre 2009

Le déclencheur

NBentete55BIl se pencha par la fenêtre. Les murs de l’immeuble voisin formaient avec l’arrière du bâtiment un puis morne, étroitement silencieux. La lumière grise et uniforme que versaient les derniers étages lui sembla idéale. Quand il avait l’occasion de visiter un appartement, il manquait rarement de passer la tête par les ouvertures qui donnaient sur la cour intérieure. Cela tournait à l’obsession et frisait le sans gène, parfois.

Il se pencha par la fenêtre. Une verrière et des couvertures zinguées brillaient dans la décrépitude. Il ressentit presqu’aussitôt cette force qui l’attirait vers le fond. Des images, rapides, étonnamment précises, le traversèrent. Il imagina la chute, en estima la durée. Trois ou quatre secondes, tout au plus. Son œil fixait les carrés lumineux qui le guidaient dans la mise au point. A travers l’objectif se succédèrent les basculements possibles, l’affolement du cœur, les contorsions, les réflexes dérisoires. Des visages, quelques mots, un craquement d’os. Il appuya sur le déclencheur.

6 comments 2 août 2009

Dans l’ombre du cou

NBentete45BÉcrire comme autrefois l’on savait peindre. Sur le papier toilé, à la plume, pour le plaisir du geste et pour l’oreille, aussi, avec patience et précision, marier les clairs et les obscurs, les pleins, les déliés. Longtemps chercher la couleur du moment. D’une image donner chair à l’émotion. D’un mot, d’un verbe, transmettre le sentiment qui traverse un regard…

Comme ces virgules de lumière qui, précieuses, font naitre la perle dans l’ombre du cou.

10 comments 26 avril 2009

Souviens-toi des étés derniers

NBentete41BDire quelques moments heureux. Forcer, pour une fois, la mélancolie ordinaire du clavier. Ouvrir un billet comme on déplie une chaise ou un transat, malgré le ciel nuageux. Chercher dans l’établi d’auteur quelques notes, la nostalgie d’un piano. Plonger dans le kaléidoscope des impressions et des couleurs, lancer le diaporama de la mémoire…

Souviens-toi des étés derniers. Des amours carte postale.

Mykonos. Jean-Christophe, allongé sur un banc, torse nu. Le même, assis, prenant des poses, près du port, un matin éblouissant de lumière. Cette année là, le soleil était grec. Je me souviens de la poussière blanche soulevée par les bus roulant vers les plages. Je revois la mer, d’un bleu dense, la barque à moteur filant vers Super paradise. Notre virée en Vespa rouge, sous les coups de vent, lui me serrant dans les pentes, moi accroché au guidon…

Ibiza et le Torre Del Mar. Philippe. Dans la nuit exubérante, le feu des artifices et les restaurants sans compter. Laurent et Jérôme. La foule, les bars, le désir, partout. Ce drôle de baiser, gourmand, étonnamment sucré, qu’il me donna un soir d’ivresse. Le retour vers l’hôtel, transi sous le ciel rapide, à l’arrière du cabriolet, dans le creux de son épaule.

Gérard. Son air doux et coquin, dans la pénombre d’un après-midi, sur les hauts de Megève. Une séance photos avant de repartir pour Paris. Dans ses jolis yeux noirs je n’ai pas lu, pas compris, le drame à venir. Qu’il me pardonne.

Mes souvenirs prennent de l’ombre, soudain. Mon humeur vire au triste, au chagrin. Je me défends, je lui résiste. Mais je sais bien que rien de léger ne viendra plus, ce soir, sous mes doigts.

Le passé est un joueur qui triche. Et je suis bon perdant. Je reviendrai, un jour, m’asseoir à sa table. Quand les remords vivaces et les peines d’araignée auront fané aux fenêtres de ma vie. Quand la tranquillité sera revenue dans ma tête. Alors les plaisirs d’hier, les sourires oubliés, toutes ces joies enfouies à nouveau refleuriront au bord de mes yeux. Alors je refermerai sans doute ce carnet, d’une dernière mélopée, d’un dernier mot frappé. Comme on replie sa chaise ou son transat, reposé d’avoir longtemps regardé le ciel ou la mer, d’avoir, longtemps, regardé en soi…

8 comments 18 avril 2009

Cette étrange sérénité

NBentete34BElles ont les pieds dans l’herbe verte. Côte à côte, les épaules jointes, noir contre noir. Je photographie leur dos vouté devant la plaque qui vient d’être scellée. Ma mère, ma sœur. Je suis en retrait, avec les autres. Je ne participe pas du même chagrin. Comme si je n’étais pas vraiment là, comme si je ne voulais pas me fondre à leurs pleurs. Ne suis-je donc pas ému, autant qu’elles, par la disparition de mon père ? Quels sentiments me traversent dans ce moment là ?

A l’évoquer aujourd’hui, des mois plus tard, de cet après-midi ensoleillé c’est la souffrance de maman qui, surtout, me revient, me bouleverse. Ses mains tremblantes et qui déposent, sans préméditation, comme une évidence, à côté de l’urne encore chaude, un exemplaire de Chambre avec vue dont le Jardin d’hiver venait d’adoucir l’adieu des proches.

Il y a, dans ces pénibles circonstances, des intimités, des solitudes que l’on ne peut partager. Des soulagements que l’on ne peut pas dire. Des manques qui ne viendront qu’avec le temps. Il y a, dans ces tristes journées de juin, cette étrange sérénité, cette fierté confuse qui transforment en moi la douleur et le désarroi. Comme au passage d’un flambeau.

8 comments 12 avril 2009

Rose Martini

NBentete31BLa lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Le soir, doucement, colore les murs de ma chambre…

Rose Martini. Dans Havana la vieille, me perdre si je veux. Les garçons ont la peau brune, le regard fier. Voir sans être vu. Un bar ouvert sur la rue, un piano, une basse. Les pales usées du ventilateur brassent à peine l’air miséreux. Un crooner soupire, les yeux fermés, pour une unique trompette. Ma tête cherche un appui.

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.

La nuit, lentement, s’abime dans le miroir rouillé. Quelque part, une contrebasse vibre encore pour la délicatesse d’une harpe. La mélancolie colle à mon front.

Entre une clarinette et un banjo. Au long de la mer, me remplir de soleil frais, la nuque vague et posée sur la moleskine rouge d’une antique américaine. Me laisser conduire, les idées au vent, le regard perdu dans le ciel nuageux…

La lampe est allumée, la fenêtre ouverte.
Simplement, le sommeil coule en moi.

7 comments 5 avril 2009


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