Article Taggé lèvres
Ce garçon qui revient
Il y a ce vent chargé d’échos, cette rumeur d’outre-temps qui roule et qui bruisse au creux de mes oreilles. Il y a cette flute envoutée. A l’heure de la sieste, mes langueurs sont orientales. Et mes envies, légères…
Dans l’antichambre du sommeil tinte une cloche, résonnent les pincements du koto. Du ciel et des nuages passent par les imperceptibles fissures du plafond. Je glisse à l’intérieur de moi. Je vais entre des voiles, traverse à pas lents des jardins, des palais abandonnés aux illusions de la lumière.
Il y a ce garçon qui revient. Comme une fleur sur l’eau tranquille de mes divagations. Sa jeunesse est un parfum puissant, son regard, noir et bridé, simplement sur moi se pose. Il ne dit jamais rien. Il ne dit jamais non. En boucle, mon désir effleure la courbe de ses lèvres, le goût bruni de sa peau…
5 comments 25 octobre 2009
Complicité
Il avait dans le regard cette tristesse énigmatique, tendre, légère, qui voile et dévoile à nos yeux les mélancoliques. Chez eux, le bonheur n’a pas de prise. Quand bien même le tiendraient-ils là, serré, entre leurs bras. Et puis cet étrange abandon, cette acuité pleine d’ennui qui traversent l’objectif et qui, soudain, vous troublent et vous allument.
Il avait, au coin des lèvres, ce tout petit pli, ce rien charmeur, cette complicité silencieuse. Entre celui qui sait et celui qui n’en dira rien…
10 comments 7 août 2009
Le tunnel
La façade était de mauvais goût. Sur de grands panneaux peints, des garçons, debout, se tenant par la taille, d’autres appuyés contre un mur, l’air méchant, ou bien campés sur des chaises, le sourire aguicheur. Des blonds, des rasés, des bruns. En casquette ou sévèrement bottés, gaillards poilus, jeunes imberbes, entourant le nom de l’attraction, en lettres lumineuses : Le tunnel.
- Une entrée, s’il vous plait.
Derrière la caisse, un rideau lourd en lamelles de plastique. Puis une sorte de sas, éclairé au néon rouge. Encastré dans le mur du fond, un tambour cylindrique. Frédéric s’engagea dans la portion vide du tambour. Un demi-tour plus tard et il se trouvait plongé dans une quasi obscurité, à peine trouée par des plots lumineux, au ras du sol, qui balisaient le chemin à suivre…
- Ticket !
Un baraqué avait posé une main ferme sur son épaule. Frédéric étouffa un cri de surprise en voyant le molosse, torse nu. Je fais toujours cet effet là… plaisanta le concierge des lieux pour se faire pardonner. Encore quelques échanges et Frédéric tâtonnait bientôt dans un couloir vide et circulaire, bordé de portes. Seul le gros chiffre doré qu’elles essayaient de faire briller dans le noir les distinguait.
Frédéric introduisit dans la serrure la carte magnétique que lui avait remise le costaud, sans savoir ce qu’il trouverait derrière la porte marquée du 7. A l’intérieur de la cabine il reconnut un ancien compartiment de train, avec sa fenêtre coulissante donnant sur un paysage immobile et de nuit, deux banquettes de moleskine, des cadres en métal et les porte-bagages réglementaires accrochés aux parois. Il se rappela ce que lui avait dit l’homme, à l’entrée du manège : bon voyage, jeune homme…
Au fond du compartiment quelqu’un était assis. Recroquevillé, plutôt. La lumière vague et bleue qui passait par la fenêtre n’en dessinait que les contours.
- Tu peux fermer la porte, tu sais.
Le garçon était de sa taille, il le devinait à son goût. Le passager s’approcha simplement de lui et, en le fixant, lui posa un doigt sur la bouche.
- Ne dis rien, s’il te plait.
Quand les lèvres de l’inconnu se posèrent sur ses lèvres, quand il sut, en lui ouvrant les siennes, que leurs désirs seraient fusionnels, Frédéric crut entendre le bruit cadencé des roues sur les rails, le sol tanguer légèrement sous ses pieds. Mais ce n’était que les battements sourds de son cœur et le vertige inattendu d’un premier baiser. Quand il rouvrit les yeux, le décor avait disparu dans le noir. Et la main du mystérieux voyageur à l’intérieur de son jean. Alors Frédéric revit l’enseigne et les panneaux peints, le sourire complice du maître des portes. Alors il se dit qu’il était, pour de bon, entré dans le tunnel…
7 comments 21 mai 2009
La lèvre inférieure
Des garçons, il aimait la beauté suspendue.
Leur séduction de papier glacé.
Le clair et l’obscur de leur peau de pixels.
Le trouble, parfois, qu’allumaient en lui le silence d’un regard, l’abandon d’une pause.
L’idée qu’il pouvait, encore, de son désir simplement, en effleurer la lèvre inférieure…
11 comments 7 avril 2009
