Article Taggé humour
Chambre 110
- Tu ne vas tout de même pas regarder Bambi sur la terrasse ?!
- Ben, quoi ? Si je baisse le son…
- Il y a encore des gens à table, je te signale…
- Et alors ? Ils n’ont qu’à regarder dans leur assiette !
Pascal déplia l’écran de son ordinateur portable : un puits de lumière bleue dans la presque obscurité qui entourait à présent l’hôtel. Seules quelques bougies, disposées au bord de la piscine et sur les tables dressées pour le dîner, balisaient faiblement l’accès aux chambres, donnant à l’endroit un charme délicieusement romantique.
Le petit air bien connu qui marque l’ouverture du système résonna, tout à coup, dans la quiétude estivale, s’envola entre les piliers fleuris et fit tourner vers les deux garçons de la chambre 110 les regards surpris de ceux qui terminaient leur lapin sauce moutarde ou leur sabayon de fruits rouges. Nicolas fit une moue qui en disait long tandis que Pascal ouvrait ses mains, en signe d’impuissance. Quelques secondes plus tard il entrait comme un voleur dans la chambre, fourrageait à l’intérieur d’une sacoche puis reprenait sa place, avec un sourire victorieux, une paire d’écouteurs sur les oreilles…
Nicolas poursuivait sa lecture de L’île mystérieuse à la lueur vacillante d’une lanterne suspendue. La nuit était douce, la concentration difficile. Il abandonna Pencroff et Gédéon Spilett pour observer le visage qui se détachait dans le noir. Pascal était visiblement absorbé. Nicolas, avec un sourire intérieur, se rappela l’éveil de la forêt, le vieil hibou, la frimousse de Pan-pan, les premiers pas de Bambi sur l’étang gelé… Il se dit que Pascal, décidément, avait gardé un esprit d’enfant et qu’il pouvait, encore, s’émerveiller devant les aventures en celluloïd d’un faon naïf et d’un lapin espiègle. Il referma son livre de poche et fit le tour de la table carrée. Sur l’écran plat, un baraqué de la cité des Garennes fourrait profond sa truffe entre les pattes d’un jeune cerf de Milly-La-Forêt…
8 comments 28 novembre 2009
Toc, toc !
Sous la couette, un samedi matin. Il a posé sa tête contre mon torse velu. Sa main gauche descend, comme par inadvertance, vers le nombril, vers l’entrejambe, cherche à tâtons l’objet d’une certaine convoitise…
Je grogne quelque chose de mou, entrouvre un œil. Il lève vers moi un regard de cocker triste, un silence en forme d’interrogation.
- On ne t’a pas appris à frapper avant d’entrer ?
Doucement, il martèle du poing aux carreaux du boxer.
- Toc, toc ! Y’a quelqu’un ?!
- Si ça ne répond pas, c’est qu’il n’y a personne…
Il disparaît sous la couette, fait glisser, d’une main ferme, l’élastique sur la peau encore endormie.
- Heu… Tu fais quoi, là ?!
- Je cambriole, mon chéri, je cambriole…
11 comments 31 octobre 2009
Le Chamallow
Procéder par ordre. D’abord glisser la main dans le sachet, ouvert, généreux, idéalement incliné en vue de l’expérience. Puis, délicatement, entre le pouce et l’index, prendre au hasard une confiserie pour en dire la consistance, l’impression au toucher. Molle et rugueuse. Par souci d’exactitude, ensuite, mettre en bouche le spécimen. On ne saurait, ici, se contenter d’un vague souvenir des papilles. C’est la résistance à la morsure qui surprend et qui séduit : il est nécessaire de forcer un peu pour venir à bout de l’élasticité du bonbon. Mais le rebelle finit toujours par céder. Il se fend, plus précisément, puis disparaît, en légères crépitations, avant de se laisser avaler…
Recommencer l’exercice n’est pas inutile. Car l’on s’aperçoit alors, avec une drôle de satisfaction, que l’on peut tout aussi bien consommer la friandise en laissant s’amollir la matière rose et blanche, en la faisant tourner, doucement, entre la langue et le palais.
La main puise, le clavier cherche ses mots, entre le plaisir de croquer et la délicieuse tentation de laisser fondre…
Ce n’est qu’une fois le sachet vide – Oh ?! – qu’il faut se rendre à l’évidence : elle n’a pas vraiment de saveur cette gourmandise bien connue des petits et des grands. Et l’on ne retient, en fin de compte, de la mastication répétée de ces bouchons sucrés, qu’une seule chose et qui vous colle, longtemps après, aux commissures des lèvres : l’envie de recommencer…
14 comments 14 octobre 2009
Sex food
- Bonsoir !
- Bonsoir. Un menu Croustiboy s’il vous plait…
- Vadim ou Taras ?
- Vadim c’est le brun, c’est ça ?
- Normal ou X-Tra ?
- Heu… C’est quoi, déjà, la différence ?!
- Avec ou sans la sauce…
- Avec.
- Sur place ou à emporter ?
- Sur place, oui.
- Marco : un Croustivadim sauce cabine 5 s’il te plait…
20 comments 19 septembre 2009
Filles du calvaire
- Il convient que je te présente à notre hôte, la vicomtesse de Balard-Créteil…
- Décidément, la jeunesse se porte en papillote par ici !
- Tu verras, on se plait vite à vouloir y goûter. Ah, j’oubliais : céans, l’habitude veut que les garçons peu soucieux de leur virilité se nomment et s’interpellent au féminin…
- Ne vous y fiez pas trop, monsieur. Nous savons, à l’occasion, convoquer l’homme qui sommeille en nous…
- Vicomtesse voici Nicolas Bleusher, écrivain public.
- Ah oui, Corentin m’a parlé de vous. Vous êtes un garçon d’expérience à ce qu’il parait ?
- Disons que je remets volontiers mon ouvrage sur le clavier. Cela m’aide à garder… les doigts verts.
- Dites-moi, Corentin, il ne serait pas un peu coquin votre Nicolas ?!
- Mais je ne fais pas entrer dans votre cercle des anodins, Vicomtesse. Vous m’en feriez reproche…
- Dans ce cas je vous fais, sur le champ, baron du Chemin vert !
- Etre votre chevalier, pour un soir, m’aurait suffit Vicomtesse…
- Justement, Corentin vous a-t-il parlé de nos usages, baron ?
- Suffisamment pour éveiller ma curiosité…
- Je vais devoir vous abandonner : je vois la marquise de Charenton-Ecoles qui s’impatiente. Je crois qu’il est temps pour moi d’aller me dégourdir la langue !
- De fait, il a principalement évoqué la belle conversation des Filles du Calvaire.
- Vicomtesse, je vous laisse le soin de faire découvrir votre intérieur à notre plume…
- Sauvez-vous Corentin ! Vous me feriez monter le rouge aux fesses !
- Nous pourrions peut-être commencer par le salon ? Corentin m’en a dit le plus grand intérêt…
- Ne soyez donc pas si pressé, baron. Ma chambre est tout à côté…
15 comments 26 août 2009
Eviter les débordements
A-vant j’avais une belle peau, j’étais mince et fier comme un pied d’micro !
La gouaille du chanteur, ce petit déhanché de banjo qui l’accompagne, décomplexent une fin de semaine plutôt chargée en calories. Onze heures du matin. En Dim noir et pantoufles à rayures, derrière mes volets clos, je fais tournoyer, sensuel et cabot, le cordon dénoué de ma robe de chambre. A petits pas, je chaloupe en direction de la salle de bain, chantonnant : Comment devenir fin sans devenir fou ?!
Vrooop ! D’un geste un rien théâtral, je laisse tomber à mes pieds le peignoir vert bronze. La cheville alerte, je passe, royal et coquin, devant le miroir posé au dessus du lavabo…
J’ai entendu un cri et puis… plus rien ! rapportera une voisine de palier, un peu affolée.
Sanseverino – Le tango des gens (2001)
> Maigrir
7 comments 20 avril 2009
