Article Taggé eau
L’embarcadère
Souvent la musique est cet embarcadère où marche lente mon inspiration. Les idées, souvent, se font rares au bout de la jetée. Parfois les images s’invitent, belles, soudain évidentes, sous mes pas…
Ce matin, dans la morosité de ma chambre, un chant triste et langoureux, un air d’Orient, soulève en moi les voiles du partir. Ce matin, dans les brumes alanguies où s’enfonce, peu à peu, mon ennui d’ici bas, je veux encore, à l’extrémité du ponton, être un rêveur sous le vent, ce voyageur en mots troubles, assis, au bord du sensible.
Sous l’oreiller, mes doigts cherchent doux. Dans le sommeil qui enfle, mon corps se dilue. Je deviens. Par dessus les eaux précieuses d’une baie au couchant, entre les jonques de pierre, je déplie, moi aussi, mes ailes de géant…
12 comments 30 septembre 2009
La prochaine vague
Franchir, d’abord, la matière fine et brûlante. Planter le camp contre le vent qui se lève, entre marée haute et marée basse. Laisser maman sous le grand parasol, lui promettre, en se retournant, de ne pas trop s’éloigner du rivage. Puis gagner les terres humides, le sable frais, les premières ondulations…
Traverser en courant les bâches salées, éclabousser le corps d’un rire froid et nerveux. S’arrêter face à la mer. Hésiter, un peu, au moment d’affronter les éclats de coquillage qui scintillent et menacent à l’intérieur des rouleaux. Se décider, enfin. Entrer dans l’eau chargée d’écume, forcer, sans tarder, jusqu’aux mollets, jusqu’à la taille, jusqu’aux frissons. Progresser encore, en sautillant, les mains appuyées sur la peau verte et mouvante. Guetter la prochaine vague, celle qui fera perdre contact avec le fond sableux. Calculer le moment et, d’un bond, s’élancer dans le liquide, le cou tendu vers l’horizon. Lutter contre la masse qui avance, la sentir passer à travers soi, puissante et souple, puis retomber sur les talons avant qu’elle ne referme, dans un grondement sourd, sa mâchoire d’algues et de mousse…
Rappeler le temps du maillot rouge.
14 comments 23 août 2009
Vapeur(s)
Assis au fond de la baignoire il pouvait sentir la chaleur irradier, l’humidité qui fleurissait entre ses jambes. Il tourna sans hésiter le robinet de droite, tendit ses lèvres aux perles étincelantes qui jaillirent, soudain, du pommeau de douche. Un jet froid percuta sa poitrine, éclaboussa les épaules, ricocha contre son cou. Il ferma les yeux, crispa ses doigts autour de la pomme, brisant la puissance du jet entre ses pouces. L’air lui manqua.
Dans la pénombre, un peu de vapeur s’accrochait au luisant des faïences. Il respira mieux. Il laissa l’eau glisser au long de ses boucles, filer doux contre ses joues, déborder de sa bouche, couler entre ses cuisses. Le désir, bientôt, lui tendit la peau.
Quand le dernier filet disparut sous la bonde, il lui sembla que le soir était plus frais…
12 comments 20 août 2009
Mad World
Emmitouflé dans le gris doux d’un dimanche après-midi, un livre entre les mains. Il y a cette reprise de Jules Gary qui plane, comme un appel, au milieu de la chambre. Je n’ai pas l’esprit à lire : mon regard glisse entre les lignes, maussade et paresseux. J’ai posé le livre, trop neuf, soudain trop lourd, contre ma poitrine. Je me laisse envahir, lentement, par la mélodie tendre, par les accents mélancoliques…
Je ne veux pas me souvenir. Juste un peu de tranquillité. Imaginer, simplement, un moment de solitude. Me promener au long d’une jetée en bois. Profiter encore de la lumière du jour, de l’été finissant. Regarder l’eau sombre et baltique, suivre les vagues qui éclaboussent les rochers verts et polis. A l’extrémité du ponton, m’asseoir. Sous le ciel nuageux, arrimé au vieux madrier, écouter le vent froid du large, inspirer sa force. Et puis fermer les yeux. Jusqu’au vertige. Jusqu’à l’oubli…
Le plafond, l’armoire, le mur de la chambre. Au bout du lit, Zoé m’interroge de ses pupilles très rondes. Le livre est tombé sur la moquette.
Jules Gary – Mad World
7 comments 17 mai 2009
