Article Taggé deuil
La rumeur de nos pardons
Au Père Lachaise, j’aimais me promener. Je n’y vais plus depuis la mort de mon ami. Ses cendres y ont été dispersées, légères et anonymes, sans moi. Ces derniers mots résonnent à l’intérieur de ma tête, comme la lumière pénétrante des vitraux au fond des caveaux oubliés. Au Père Lachaise, je ne veux pas retourner. Je ne peux pas. Pas encore. Un jour, sans doute, je trouverai en moi assez de force et de sérénité pour en franchir, à nouveau, les grilles. Ce jour là, dans l’air froid, sous le grand ciel, je chercherai, entre les tombes et mes frissons, la rumeur de nos pardons…
17 comments 11 octobre 2009
La marelle
Veux-tu que je te dise : depuis que tu es parti, je n’ai plus le souvenir heureux.
Au fond de moi, ton prénom de fer blanc n’en finit pas de résonner sur la marelle du temps passé.
A cloche-mémoire, je pousse les clichés de notre histoire, de tes espoirs à mes regrets. Et le bruit de ma peine, de la terre jusqu’à ton ciel.
19 comments 16 septembre 2009
Cette étrange sérénité
Elles ont les pieds dans l’herbe verte. Côte à côte, les épaules jointes, noir contre noir. Je photographie leur dos vouté devant la plaque qui vient d’être scellée. Ma mère, ma sœur. Je suis en retrait, avec les autres. Je ne participe pas du même chagrin. Comme si je n’étais pas vraiment là, comme si je ne voulais pas me fondre à leurs pleurs. Ne suis-je donc pas ému, autant qu’elles, par la disparition de mon père ? Quels sentiments me traversent dans ce moment là ?
A l’évoquer aujourd’hui, des mois plus tard, de cet après-midi ensoleillé c’est la souffrance de maman qui, surtout, me revient, me bouleverse. Ses mains tremblantes et qui déposent, sans préméditation, comme une évidence, à côté de l’urne encore chaude, un exemplaire de Chambre avec vue dont le Jardin d’hiver venait d’adoucir l’adieu des proches.
Il y a, dans ces pénibles circonstances, des intimités, des solitudes que l’on ne peut partager. Des soulagements que l’on ne peut pas dire. Des manques qui ne viendront qu’avec le temps. Il y a, dans ces tristes journées de juin, cette étrange sérénité, cette fierté confuse qui transforment en moi la douleur et le désarroi. Comme au passage d’un flambeau.
8 comments 12 avril 2009