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Colifichets
Entre mes doigts, le souvenir clinquant de sa jeunesse. Manquent les rayons de lumière à travers la chaleur confinée, la suffocation de l’esprit sous le martèlement des enceintes. Reste le lent balancement de ses colifichets sur le juste galbé de son torse. Image fugace et obstinée d’une nuit à Londres.
Je ne sais rien de lui. Il m’a irradié la mémoire en calant, désinvolte, une main provisoire sur ma hanche ordinaire. Je n’ai pas bien compris ce qu’il m’a demandé. Il recherchait un certain Brian, je crois. Simplement, j’ai baissé la tête et les yeux pour mieux l’entendre. Un instant suspendu. Entre le brun parfait de son téton et le filet de poils noirs qui s’échappait de son nombril…
6 comments 8 novembre 2009
Ce garçon qui revient
Il y a ce vent chargé d’échos, cette rumeur d’outre-temps qui roule et qui bruisse au creux de mes oreilles. Il y a cette flute envoutée. A l’heure de la sieste, mes langueurs sont orientales. Et mes envies, légères…
Dans l’antichambre du sommeil tinte une cloche, résonnent les pincements du koto. Du ciel et des nuages passent par les imperceptibles fissures du plafond. Je glisse à l’intérieur de moi. Je vais entre des voiles, traverse à pas lents des jardins, des palais abandonnés aux illusions de la lumière.
Il y a ce garçon qui revient. Comme une fleur sur l’eau tranquille de mes divagations. Sa jeunesse est un parfum puissant, son regard, noir et bridé, simplement sur moi se pose. Il ne dit jamais rien. Il ne dit jamais non. En boucle, mon désir effleure la courbe de ses lèvres, le goût bruni de sa peau…
5 comments 25 octobre 2009
Les années JC (2/3)
- Vous précisez avoir partagé cinq ans de votre vie avec Jean-Christophe. Peut-on parler d’une belle histoire d’amour ?
- Je ne dirai pas cela, non. Il y a eu de l’affection entre nous, c’est évident. Cependant, avec le recul, qui a tendance, évidemment, à tout réduire, à trop simplifier, je crois que nos attentes, que nos engagements ont été passablement différents…
- Vous voulez dire que vous avez bâti votre relation sur un malentendu ?
- Jean-Christophe a, me semble-t-il, abordé cette aventure comme une sorte de camaraderie… particulière. J’étais ce bon copain, volontiers sinon volontaire, qui l’accompagnait au concert de Michael Jackson. Qu’il décide de partir en août camper sur la route des châteaux de la Loire et j’étais d’accord. J’ai écouté Mylène Farmer en boucle et n’ai manqué aucun des épisodes de la famille Simpsons, de retour de discothèque, devant la brioche au sucre du dimanche matin. Le désir physique se diluait rapidement dans le confort d’une vie à deux. Jean-Christophe me plaisait ; je prenais ce qu’il voulait me donner. Je ne m’en souciais pas davantage. Avec lui je pouvais, pour la première fois, envisager de construire une relation qui durerait plus d’un mois…
- Bref, vous étiez transis et lui en transit, probablement.
- En amitié, on se satisfait d’une colocation ; l’amoureux, lui, n’est à son aise qu’en pleine propriété. Jean-Christophe préférait parler de complicité. C’est tellement plus précieux et important affirmait-il, souvent. Il n’avait peut-être pas tort. Si l’on mesure le sentiment amoureux à la douleur physique et mentale ressentie au moment de la séparation, alors, oui, je suis certain d’avoir aimé ce garçon comme jamais personne avant lui. Pour autant, je reste persuadé aujourd’hui que Jean-Christophe tenait à moi. Et nous n’avons perdu contact que bien des années plus tard. Mais il n’était plus en danger depuis longtemps. En fait, depuis toujours. Il me savait « acquis » selon son expression et connaissait, par conséquent, sa marge de manœuvre. Pour lui les jeux étaient faits, tout simplement. Il me l’a même reproché : fais-toi plus mystérieux, qu’est-ce que tu veux ! A l’écouter, il aurait fallu que je m’invente un personnage, que j’organise de fausses tromperies, que je me fasse artificiellement distant, que je mette du piquant et du ressort dans une relation bien trop sage. Que je lui ressemble davantage, en quelque sorte. Alors que je faisais déjà beaucoup pour que notre « complicité » fonctionne et perdure.
- Les fameuses concessions…
- Je veux dire que j’ai choisi d’entrer et de me couler entièrement dans son univers, de le suivre dans son mode de vie, faute de vouloir – ou de pouvoir – le faire entrer dans les miens. Aveuglement, naïveté, orgueil ou faiblesse de caractère ? Je me rends compte aujourd’hui, à revenir sur ces années passées, combien je fus le jouet de mon désir pour ce garçon, de cette crainte obsessionnelle de le perdre, de cette nécessité de tout faire et de tout accepter pour le garder. Jusqu’à la souffrance, jusqu’à l’humiliation…
(A suivre)
5 comments 19 octobre 2009
Les années JC (1/3)
- Comment avez-vous rencontré Jean-Christophe ?
- Par téléphone, tout simplement. C’était, à l’époque, en 1988 si ma mémoire est bonne, un moyen nouveau, plus pratique et bien plus convivial que le minitel pour établir un premier contact avec un garçon. En comparaison, les réseaux multiplex offraient cet avantage très appréciable de pouvoir entendre et interpeller directement les participants. La voix, le rire, le sens de la répartie disent pour moi tellement plus sur la personnalité que quelques photos choisies dans un album virtuel, comme c’est la règle aujourd’hui. J’étais seul au bureau, un midi. Mais nous étions plusieurs sur la ligne à nous voler la parole, à lancer nos filets sur une intonation sympathique, à vouloir pêcher la perle rare…
Jean-Christophe discutait avec un naturel bon enfant. C’est ce qui m’a plu chez lui : ce côté chaperon rouge faussement perdu et qui demande, avec aplomb, son chemin au pays des loups. Comme il appelait d’une cabine publique, il s’est trouvé rapidement sans crédit sur sa carte téléphonique. Il a communiqué, à qui pouvait le noter, son numéro de cabine avant de raccrocher. Je fus, apparemment, le plus rapide.
- Il faut croire, aussi, que vous avez su trouver les mots pour lui indiquer son chemin…
- Sans doute, oui (Sourire). Nous avons fixé le rendez-vous, chez moi, au lendemain. Jean-Christophe avait dix-huit ans depuis quelques mois à peine. Très brun, un joli sourire, un physique tout en longueur à la Rupert Everett. Un look et une allure d’hétérosexuel. Mince mais énergique et fort bien équipé, ma foi. Un étudiant en Lettres modernes qui habitait sagement chez ses parents, en banlieue lilloise. A mes yeux, il avait tout du minou idéal…
- Et pour ce qui vous concerne ?
- J’avais vingt-six ans et, je le suppose, la maturité d’un grand frère. Je gagnais déjà fort bien ma vie et je louais un studio en centre ville. Cette réalité là ne vous apparaît, clairement, que bien des années plus tard. Pour l’heure, je nous revois tous les deux : lui, en pull marine, les mains croisées, assis sur le canapé-lit laissé déplié. Moi, totalement intimidé par sa jeunesse et pas sûr du tout de lui plaire, devant mon Apple flambant neuf à lui faire une démonstration de Mac golf ! Je ne suis pas venu ici pour voir ton ordinateur me lance-t-il au bout d’un moment, un peu agacé. Si je ne te plais pas tu me le dis, c’est tout.
- Ce garçon là, au moins, savait ce qu’il voulait…
(A suivre)
9 comments 18 octobre 2009
Kiyoshi
A l’heure du thé.
Sa jeunesse en pagaille.
Mèches noires et saveur de peau.
Le bruit de l’eau versée, quelques mots en volutes.
Et, dans l’air intimidé, nos silences qui infusent…
Le temps d’une gorgée brûlante.
Son regard qui me défie, un peu.
Mes yeux qui vont, qui viennent, au bord de la faïence.
Son cou qui se penche.
Mon désir qui le fixe.
Et, au coin de ses lèvres, ce léger frémissement…
19 comments 2 octobre 2009
Vapeur(s)
Assis au fond de la baignoire il pouvait sentir la chaleur irradier, l’humidité qui fleurissait entre ses jambes. Il tourna sans hésiter le robinet de droite, tendit ses lèvres aux perles étincelantes qui jaillirent, soudain, du pommeau de douche. Un jet froid percuta sa poitrine, éclaboussa les épaules, ricocha contre son cou. Il ferma les yeux, crispa ses doigts autour de la pomme, brisant la puissance du jet entre ses pouces. L’air lui manqua.
Dans la pénombre, un peu de vapeur s’accrochait au luisant des faïences. Il respira mieux. Il laissa l’eau glisser au long de ses boucles, filer doux contre ses joues, déborder de sa bouche, couler entre ses cuisses. Le désir, bientôt, lui tendit la peau.
Quand le dernier filet disparut sous la bonde, il lui sembla que le soir était plus frais…
12 comments 20 août 2009
Le tunnel
La façade était de mauvais goût. Sur de grands panneaux peints, des garçons, debout, se tenant par la taille, d’autres appuyés contre un mur, l’air méchant, ou bien campés sur des chaises, le sourire aguicheur. Des blonds, des rasés, des bruns. En casquette ou sévèrement bottés, gaillards poilus, jeunes imberbes, entourant le nom de l’attraction, en lettres lumineuses : Le tunnel.
- Une entrée, s’il vous plait.
Derrière la caisse, un rideau lourd en lamelles de plastique. Puis une sorte de sas, éclairé au néon rouge. Encastré dans le mur du fond, un tambour cylindrique. Frédéric s’engagea dans la portion vide du tambour. Un demi-tour plus tard et il se trouvait plongé dans une quasi obscurité, à peine trouée par des plots lumineux, au ras du sol, qui balisaient le chemin à suivre…
- Ticket !
Un baraqué avait posé une main ferme sur son épaule. Frédéric étouffa un cri de surprise en voyant le molosse, torse nu. Je fais toujours cet effet là… plaisanta le concierge des lieux pour se faire pardonner. Encore quelques échanges et Frédéric tâtonnait bientôt dans un couloir vide et circulaire, bordé de portes. Seul le gros chiffre doré qu’elles essayaient de faire briller dans le noir les distinguait.
Frédéric introduisit dans la serrure la carte magnétique que lui avait remise le costaud, sans savoir ce qu’il trouverait derrière la porte marquée du 7. A l’intérieur de la cabine il reconnut un ancien compartiment de train, avec sa fenêtre coulissante donnant sur un paysage immobile et de nuit, deux banquettes de moleskine, des cadres en métal et les porte-bagages réglementaires accrochés aux parois. Il se rappela ce que lui avait dit l’homme, à l’entrée du manège : bon voyage, jeune homme…
Au fond du compartiment quelqu’un était assis. Recroquevillé, plutôt. La lumière vague et bleue qui passait par la fenêtre n’en dessinait que les contours.
- Tu peux fermer la porte, tu sais.
Le garçon était de sa taille, il le devinait à son goût. Le passager s’approcha simplement de lui et, en le fixant, lui posa un doigt sur la bouche.
- Ne dis rien, s’il te plait.
Quand les lèvres de l’inconnu se posèrent sur ses lèvres, quand il sut, en lui ouvrant les siennes, que leurs désirs seraient fusionnels, Frédéric crut entendre le bruit cadencé des roues sur les rails, le sol tanguer légèrement sous ses pieds. Mais ce n’était que les battements sourds de son cœur et le vertige inattendu d’un premier baiser. Quand il rouvrit les yeux, le décor avait disparu dans le noir. Et la main du mystérieux voyageur à l’intérieur de son jean. Alors Frédéric revit l’enseigne et les panneaux peints, le sourire complice du maître des portes. Alors il se dit qu’il était, pour de bon, entré dans le tunnel…
7 comments 21 mai 2009
Je ne dors pas
De l’autre côté de ma nuit.
Une femme gémit, quelque part, dans les étages. A chacun des assauts de l’homme répondra une plainte.
Les ressorts du matelas se sont tus.
Leur lit repose. Je ne dors pas.
Dans la chambre, flotte un parfum de sulfure…
Il y a ce garçon, allongé, seul, au fond d’un canapé, au milieu de l’écran.
Dans la pénombre, sa peau brune a des reflets luisants.
Il y a sa main qui va, mon désir qui le suit.
Sa bouche entrouverte, ses longs cils, noirs, abaissés.
Son ventre qui se creuse…
Plaisir intense et silencieux
11 comments 1 mai 2009
Souviens-toi des étés derniers
Dire quelques moments heureux. Forcer, pour une fois, la mélancolie ordinaire du clavier. Ouvrir un billet comme on déplie une chaise ou un transat, malgré le ciel nuageux. Chercher dans l’établi d’auteur quelques notes, la nostalgie d’un piano. Plonger dans le kaléidoscope des impressions et des couleurs, lancer le diaporama de la mémoire…
Souviens-toi des étés derniers. Des amours carte postale.
Mykonos. Jean-Christophe, allongé sur un banc, torse nu. Le même, assis, prenant des poses, près du port, un matin éblouissant de lumière. Cette année là, le soleil était grec. Je me souviens de la poussière blanche soulevée par les bus roulant vers les plages. Je revois la mer, d’un bleu dense, la barque à moteur filant vers Super paradise. Notre virée en Vespa rouge, sous les coups de vent, lui me serrant dans les pentes, moi accroché au guidon…
Ibiza et le Torre Del Mar. Philippe. Dans la nuit exubérante, le feu des artifices et les restaurants sans compter. Laurent et Jérôme. La foule, les bars, le désir, partout. Ce drôle de baiser, gourmand, étonnamment sucré, qu’il me donna un soir d’ivresse. Le retour vers l’hôtel, transi sous le ciel rapide, à l’arrière du cabriolet, dans le creux de son épaule.
Gérard. Son air doux et coquin, dans la pénombre d’un après-midi, sur les hauts de Megève. Une séance photos avant de repartir pour Paris. Dans ses jolis yeux noirs je n’ai pas lu, pas compris, le drame à venir. Qu’il me pardonne.
Mes souvenirs prennent de l’ombre, soudain. Mon humeur vire au triste, au chagrin. Je me défends, je lui résiste. Mais je sais bien que rien de léger ne viendra plus, ce soir, sous mes doigts.
Le passé est un joueur qui triche. Et je suis bon perdant. Je reviendrai, un jour, m’asseoir à sa table. Quand les remords vivaces et les peines d’araignée auront fané aux fenêtres de ma vie. Quand la tranquillité sera revenue dans ma tête. Alors les plaisirs d’hier, les sourires oubliés, toutes ces joies enfouies à nouveau refleuriront au bord de mes yeux. Alors je refermerai sans doute ce carnet, d’une dernière mélopée, d’un dernier mot frappé. Comme on replie sa chaise ou son transat, reposé d’avoir longtemps regardé le ciel ou la mer, d’avoir, longtemps, regardé en soi…
8 comments 18 avril 2009
La lèvre inférieure
Des garçons, il aimait la beauté suspendue.
Leur séduction de papier glacé.
Le clair et l’obscur de leur peau de pixels.
Le trouble, parfois, qu’allumaient en lui le silence d’un regard, l’abandon d’une pause.
L’idée qu’il pouvait, encore, de son désir simplement, en effleurer la lèvre inférieure…
11 comments 7 avril 2009
