Posts filed under 'Urbanités'

Tableau double

NBentete93Marcher, voilà qui me fera du bien. Je prendrai le chemin de terre, celui qui longe et qui sinue, celui qui boucle, enfin. Après le petit pont, je sortirai du village. De plain-pied, j’entrerai dans l’arrière-saison. J’ai quitté la grande ville pour quelques jours. Tu viendras me rejoindre, dans quelques heures. J’ai, devant moi, assez de silence et de ciel pour m’amuser un peu. En guise de paletot, ce vieux caban qui te désespère et que je trouve, moi, pourtant idéal. Pas de chien pour m’accompagner. Rien que le lent glissement des eaux et le reflet troublé des arbres, nus, dans l’ornière…

La campagne, quel ennui ! Je n’aurais pas dû m’éloigner du village ni quitter la véranda : ce chemin n’en finit pas. Le cuir de mes chaussures, tout luisant encore d’urbanité, déjà boude les monotonies humides de ces journées d’automne. Entre un canal qui ferait mieux de se pendre et des champs vaguement éperdus, rien d’autre à ruminer que l’idée d’un café en terrasse, dans le brouhaha réconfortant du boulevard… Si encore j’avais un chien ! Mon espoir de compagnie roule dans le gris froid des flaques : tu ne viendras pas. Je résisterai à l’idée de t’en vouloir. Du moins, jusqu’à la tombée de la nuit…

11 comments 3 novembre 2009

Toc, toc !

NBentete91Sous la couette, un samedi matin. Il a posé sa tête contre mon torse velu. Sa main gauche descend, comme par inadvertance, vers le nombril, vers l’entrejambe, cherche à tâtons l’objet d’une certaine convoitise…

Je grogne quelque chose de mou, entrouvre un œil. Il lève vers moi un regard de cocker triste, un silence en forme d’interrogation.

- On ne t’a pas appris à frapper avant d’entrer ?

Doucement, il martèle du poing aux carreaux du boxer.

- Toc, toc ! Y’a quelqu’un ?!
- Si ça ne répond pas, c’est qu’il n’y a personne…

Il disparaît sous la couette, fait glisser, d’une main ferme, l’élastique sur la peau encore endormie.

- Heu… Tu fais quoi, là ?!
- Je cambriole, mon chéri, je cambriole…

11 comments 31 octobre 2009

Contre sa peau

NBentete90Assis, au bord de la nuit. Mon rêve était plein de corps qui souffrent. Et de questions sans réponse. Trois heures du matin : je glisse dans mes oreilles des ailleurs, j’allume cette page comme on ouvrirait la fenêtre. Je compose et décompose dans le sillage d’un piano, espère dans les confessions d’un bandonéon une inspiration qui ne viendra pas. Qu’importe. Entre mes lignes, je respire un peu mieux…

Une heure passe et le sommeil revient, doucement. Le lit doit être encore juste assez chaud. Par les volets de la chambre, le ciel est noir, serein.

- Qu’est-ce que tu fous ? Viens te coucher !

J’ai les mains froides, les idées blanches.
Contre sa peau, les réchauffer…

11 comments 28 octobre 2009

La question

NBentete89- Vous prendrez bien un dessert, messieurs ?

Après une excellente choucroute strasbourgeoise, accompagnée d’une bière pression finement ambrée, la redoutable question qui transforme, d’un signe de la tête, le gourmet en gourmand, est arrivée à notre table en gilet rouge à boutons dorés…

Je fronce une hésitation ; Pascal me désarme d’un sourire. Dans la carte des desserts, le péché capital hésite entre des tentations variées : tarte alsacienne, kouglof glacé, mousse au chocolat et tuile croustillante. J’allais céder à l’appel d’une crème brûlée à la vanille bourbon quand Pascal, ce diablotin es calories, me fait changer d’avis pour les crêpes flambées au Grand-Marnier à propos desquelles le garçon nous précise, un rien mystérieux, qu’elles sont servies par trois et réclament « un temps de préparation ». On décide de patienter avec un café noir accompagné de son carré de chocolat…

De fait, les tables alentours n’en croient pas leurs papilles, pourtant rassasiées, au moment où nos trios de crêpes entrent en salle, des flammes bleues courant dans leurs poêlons, des reflets d’or crépitant sur le dos.

Le temps d’une pause sur un comptoir en coulisses et les voici rien que pour nous. Dans leur assiette de porcelaine, comme autant de tutus tachés sur un lit de beurre et de sucre fondus, les demoiselles soupirent encore et se pâment, en éventail, dans les parfums puissants de la liqueur vaporisée. On les cisaille, avec douceur. Dans la bouche, ce n’est plus qu’un fondant de plaisirs, un laisser-aller de sensations savoureuses. C’est l’enfance qui revient, chaleureuse et éternelle, ragaillardie, soudain, par les essences d’orange qui vous picotent sur la langue.

Je regarde Pascal : du bonheur brille sur ses lèvres. Dehors la pluie tombe, fine et froide, sur la ville lumière…

7 comments 24 octobre 2009

Le Chamallow

NBentete84Procéder par ordre. D’abord glisser la main dans le sachet, ouvert, généreux, idéalement incliné en vue de l’expérience. Puis, délicatement, entre le pouce et l’index, prendre au hasard une confiserie pour en dire la consistance, l’impression au toucher. Molle et rugueuse. Par souci d’exactitude, ensuite, mettre en bouche le spécimen. On ne saurait, ici, se contenter d’un vague souvenir des papilles. C’est la résistance à la morsure qui surprend et qui séduit : il est nécessaire de forcer un peu pour venir à bout de l’élasticité du bonbon. Mais le rebelle finit toujours par céder. Il se fend, plus précisément, puis disparaît, en légères crépitations, avant de se laisser avaler…

Recommencer l’exercice n’est pas inutile. Car l’on s’aperçoit alors, avec une drôle de satisfaction, que l’on peut tout aussi bien consommer la friandise en laissant s’amollir la matière rose et blanche, en la faisant tourner, doucement, entre la langue et le palais.

La main puise, le clavier cherche ses mots, entre le plaisir de croquer et la délicieuse tentation de laisser fondre…

Ce n’est qu’une fois le sachet vide – Oh ?! – qu’il faut se rendre à l’évidence : elle n’a pas vraiment de saveur cette gourmandise bien connue des petits et des grands. Et l’on ne retient, en fin de compte, de la mastication répétée de ces bouchons sucrés, qu’une seule chose et qui vous colle, longtemps après, aux commissures des lèvres : l’envie de recommencer…

14 comments 14 octobre 2009

Merci, Hector

NBentete77- Un peu de mélancolie, monsieur, pour teinter votre billet du soir ?
- Merci Hector mais je n’ai pas l’esprit chagrin aujourd’hui.
- Puis-je vous servir, au moins, une part de cette nostalgie qui…
- Non, vraiment, je crois que je vais bouder mes habitudes, pour cette fois.
- Je vous comprends : les souvenirs, s’ils ne sont pas goûtés avec un peu de tristesse… Dans ce cas je peux vous proposer le plateau des aigreurs. Avec, au choix, la plume trempée au vitriol, la blague à humour noir ou bien encore ce flacon plein de mauvaise humeur…
- Amenez-moi plutôt votre chariot des douceurs. Il y a longtemps que je ne me suis plus laissé tenter…
- Excellent choix, monsieur ! Vous y trouverez profusion de jolis thèmes, de belles idées à inspirer…
- Rien de mièvre, surtout !
- Vous avez ici de la campagne en juillet, un dimanche à la mer…
- Une autre fois, peut-être. Et là, derrière ce baiser dans la ruelle, on dirait comme une galanterie silencieuse, un récit de regards croisés…
- C’est le fantasme du Paris-Brest, monsieur.
- Le fantasme du Paris-Brest ? Mais c’est charmant ! Un voyage de jour ou bien de nuit ? Une voiture à l’ancienne, j’espère, avec couloir et compartiments. Deux garçons, bien entendu. Suis-je dans le train ? Je vois : c’est à moi d’imaginer…
- Dois-je lancer le cornet à atmosphères qui l’accompagne, monsieur ?
- Non, merci Hector : vous pouvez me laisser à présent. Sous mes paupières, déjà, les images se pressent et le plaisir, doucement, me vient sous les doigts…
- Alors je vous souhaite un bon moment d’écriture, monsieur.
- Sacha ou Alexis ? Châtain court ou blond peigné ? Qu’il soit joueur, surtout…

8 comments 27 septembre 2009

Le bar bleu

NBentete75Un café, rue Blanche. Dehors rode la nuit, noire. Je regarde à travers le rouillé de la vitre : le jaune clignotant des voitures à l’arrêt, le rouge qui passe au vert. Il y a cet homme aux cheveux gris, assis, devant moi, dans le miroir. Sur la table acajou, mon carnet, ouvert.

- Le bar bleu va fermer, monsieur…

On s’embrasse, derrière moi, dans le grenat du rideau. Une dernière lampée de blonde. Et, sur le trottoir mouillé, les pas décolorés d’un chercheur de rêves.

5 comments 27 septembre 2009

Me vouloir chat

NBentete48BZoé stationne au pied du lit, les oreilles hésitantes. Je la vois qui inspecte et qui tend le cou, mesurant la faisabilité, calculant force et trajectoire. D’une souple détente, elle pénètre d’un coup dans l’ouverture repérée, fait crisser le tissu puis disparaît, en un clin d’œil, sous les rayures encore tièdes. A grands coups de tête, la chatte se creuse une galerie confortable à travers l’épaisseur de la couette, pliée en deux, à l’extrémité du matelas. Encore quelques grondements de satisfaction et la voilà installée pour la matinée, dans un nid parfait de douceur et de tranquillité.

Dehors, la pluie commence à tomber. Un jeudi morne. Je traîne devant l’écran en peignoir mal fermé, seul et sans goût.

Mes yeux pointent en direction du lit. Comme j’aimerais, pour quelques heures, me faufiler, moi aussi, dans l’obscurité de la couette. Rejoindre, à petits coups de museau, la fourrure parfumée de ma belle paresseuse, me pelotonner, profond, entre ses pattes. Me vouloir chat, me savoir bien, dans l’insouciance de ses ronrons zébrés…

12 comments 14 mai 2009

La lecture

NBentete46BRue Charlot, en début de soirée. Des causeurs, déjà, font grappes devant la galerie. Sur le trottoir d’en face je reconnais Anne qui nous attend. Je détaille ceux qui patientent, à l’intérieur. Des bourgeois bohèmes et quelques ébouriffés qui jettent un œil distrait aux compositions minimalistes accrochées aux murs. Gilda nous rejoint. Nous pénétrons, à notre tour, dans la galerie.

La pièce est petite, presque pleine et la porte d’entrée doit rester ouverte. Anne et Gilda se sont assises sur le parquet. Debout, je cherche une pause. Alain arrive, enfin, tandis qu’un dégarni à lunettes, l’élocution facile, le discours élégant, annonce que la lecture va pouvoir commencer…

Elle est d’une fragilité anguleuse, d’une blondeur qui hésite entre deux saisons. Elle penche, délicate, ses longs cheveux sur une robe imprimée de fleurs multicolores. C’est une pâleur émouvante qui tremble des mots courts. On l’entend à peine. Elle évoque, d’une bouche fine et méthodique, des moments suspendus. Mais ses paroles sont bientôt couvertes par les bruits de la rue. La concentration est difficile, l’évasion compromise. Ne me parviennent du fond de la salle que des bribes, des images fugaces. Et puis, soudain, très distinctement : L’air est éblouissant comme une fosse.

Derrière moi on chuchote, on s’interpose. Je me retourne, dévisage un homme en tee-shirt, l’œil fatigué, posté sur le pas de la porte, qui lance tout à coup, à travers la lecture en sursaut : Y’a quelqu’un qu’aurait une cigarette ?!

13 comments 29 avril 2009

Eviter les débordements

NBentete42BA-vant j’avais une belle peau, j’étais mince et fier comme un pied d’micro !

La gouaille du chanteur, ce petit déhanché de banjo qui l’accompagne, décomplexent une fin de semaine plutôt chargée en calories. Onze heures du matin. En Dim noir et pantoufles à rayures, derrière mes volets clos, je fais tournoyer, sensuel et cabot, le cordon dénoué de ma robe de chambre. A petits pas, je chaloupe en direction de la salle de bain, chantonnant : Comment devenir fin sans devenir fou ?!

Vrooop ! D’un geste un rien théâtral, je laisse tomber à mes pieds le peignoir vert bronze. La cheville alerte, je passe, royal et coquin, devant le miroir posé au dessus du lavabo…

J’ai entendu un cri et puis… plus rien ! rapportera une voisine de palier, un peu affolée.



Sanseverino – Le tango des gens (2001)
> Maigrir

7 comments 20 avril 2009


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