La lecture

29 avril 2009

NBentete46BRue Charlot, en début de soirée. Des causeurs, déjà, font grappes devant la galerie. Sur le trottoir d’en face je reconnais Anne qui nous attend. Je détaille ceux qui patientent, à l’intérieur. Des bourgeois bohèmes et quelques ébouriffés qui jettent un œil distrait aux compositions minimalistes accrochées aux murs. Gilda nous rejoint. Nous pénétrons, à notre tour, dans la galerie.

La pièce est petite, presque pleine et la porte d’entrée doit rester ouverte. Anne et Gilda se sont assises sur le parquet. Debout, je cherche une pause. Alain arrive, enfin, tandis qu’un dégarni à lunettes, l’élocution facile, le discours élégant, annonce que la lecture va pouvoir commencer…

Elle est d’une fragilité anguleuse, d’une blondeur qui hésite entre deux saisons. Elle penche, délicate, ses longs cheveux sur une robe imprimée de fleurs multicolores. C’est une pâleur émouvante qui tremble des mots courts. On l’entend à peine. Elle évoque, d’une bouche fine et méthodique, des moments suspendus. Mais ses paroles sont bientôt couvertes par les bruits de la rue. La concentration est difficile, l’évasion compromise. Ne me parviennent du fond de la salle que des bribes, des images fugaces. Et puis, soudain, très distinctement : L’air est éblouissant comme une fosse.

Derrière moi on chuchote, on s’interpose. Je me retourne, dévisage un homme en tee-shirt, l’œil fatigué, posté sur le pas de la porte, qui lance tout à coup, à travers la lecture en sursaut : Y’a quelqu’un qu’aurait une cigarette ?!

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13 Comments Add your own

  • 1. Chr. Borhen  |  30 avril 2009 at 12:25

    Vous fumez ?

  • 2. ficelle  |  30 avril 2009 at 18:57

    vraiment ? (parce que confidences, c’est vrai…) c’est dur, non, quand même…

  • 3. Nicolas Bleusher  |  30 avril 2009 at 19:26

    > Christophe : vous blaguez !

    > Ficelle : absolument. On ne devrait jamais lire la porte ouverte…

  • 4. ficelle  |  30 avril 2009 at 19:51

    est-ce qu’elle a pleuré… peut-être le soir, en cachette, chez elle…

  • 5. Nicolas Bleusher  |  30 avril 2009 at 20:42

    Ficelle : peut-être, oui. Mais qui se soucie de ce qu’a fait celui à qui on n’offrit pas le tabac de l’espoir ?

  • 6. Marie  |  30 avril 2009 at 20:48

    Elle lisait un manuscrit ? un roman ? une nouvelle ? déjà paru ? Il est difficile de ne pas regarder autour de soi avec autant d’attention quand l’écoute est malaisée.

  • 7. ficelle  |  30 avril 2009 at 21:54

    celui qui voulait fumer s’en alla plus loin taxer une clope à un type qui n’aimait pas lire et qui préférait boire des coups en terrasse…

  • 8. stephanie gaou  |  1 mai 2009 at 12:46

    La blondeur qui hésite entre 2 saisons, tu es maître de ces expressions à la poésie riche et belle…

  • 9. Marie  |  1 mai 2009 at 13:12

    Une galerie
    Un vernissage ? Pas vraiment, les compositions minimalistes sont une indication
    Des invitations, des gens qui s’entrecroisent. Des gens qui se connaissent. Une pièce petite et presque pleine, deux femmes qui s’assoient sur le parquet, occupant la place de dix personnes debout. Je suis dans cette salle, je la vois et s’il n’était cette jeune femme pâle et blonde, que retiendrait mon attention ? Une phrase qu’il ne faut absolument pas sortir de son contexte. Et puis cette question banale et ô combien existentielle : une cigarette.
    Ce que j’aime c’est la liberté offerte au lecteur de « vivre » sa lecture et quel est le personnage central ? la lectrice. Merci Nicolas, j’ai libéré la page comme on ouvre une cage pour rendre la liberté aux calopsittes.

  • 10. elle c dit  |  3 mai 2009 at 9:23

    Vous êtes distrait.. :)

  • 11. Yaëlle  |  3 mai 2009 at 15:40

    Ton regard caresse les personnages que tu décris et on se surprend à léviter. Et pourtant la vraie vie palpite.

  • 12. ginette  |  22 septembre 2009 at 21:54

    je me promène , je lis vos billets, j’aime de plus en plus, pourquoi un tel ressenti ? C’est comme ça, nulle ambiguité dans mon propos,je ne suis amoureuse que de vos écrits et d’ailleurs mon âge me ” protège ” mais l’esprit ne connait pas toutes ces différences, il n’y a aucune différence pour les esprits.

  • 13. Nicolas Bleusher  |  23 septembre 2009 at 7:14

    Promenez-vous donc Ginette : l’avantage de mes bois, c’est que vous n”y croiserez pas le loup…

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